INTERROGATOIRE PRÉLIMINAIRE
dirent rien, dit Gamache. Ils allaient à Lyon. » Pour le séjour à la Conciergerie, le récit ne confirme nullement ce qu'on lil ailleurs des plaisirs de la table où le prince cherchait, dit-on, l'oubli de l'heure présente :
« Monseigneur, dit-il, demandait le matin au restaurateur ce qu'il voulait pour son dîner, on l'apportait à deux heures, et après le dîner, ne sachant plus que faire, nous faisions une partie de piquet. Le concierge nous a quelquefois prêté des livres. »
Le duc d'Orléans avait été mandé le dimanche 13 brumaire (3 novembre) par le juge pour subir l'interrogatoire réglementaire. Comme il est inédit, nous le donnerons intégralement :
Cejourd'hui 31 de brumaire, à six heures de relevée, avons fait amener de la prison de la Conciergerie... auquel nous avons demandé ses noms, âge, profession et demeure.
A répondu se nommer Louis-Philippe-Joseph Égalité, cydevant Orléans, âgé de quarante-six ans quelques mois, né à Saint-CIoud près Paris, département de Seine-et-Oise, député à la Convention, cy-devant lieutenant général des armées de terre et de mer de France, demeurant maison Égalité, à Paris.
A lui demandé s'il a connoissance d'une conspiration conçue contre l'unité et l'indivisibilité de la République,
A répondu qu'il n'en a connoissance que par les bruits publics.
D. S'il a eu connoissance et quelques relations avec Dumouriez avant sa trahison.
R. Qu'il n'a eu de relations avec Dumouriez que dans le temps qu'il a été au ministère, pour obtenir de lui des permissions pour aller voir ses enfants à Yalenciennes.
D. S'il ne savoit pas que par suite des trahisons de Dumouriez il étoit question de diviser la France en vingt
ou trente républiques fédératives, et ce pour qu'il n'y eût point de république, mais bien le rétablissemeut de la royauté.
R. Qu'il n'en a eu aucune connoissance ni même jamais entendu parler.
D. S'il ne savoit pas quel étoit le but de Pétion dans son voyage de Londres, dans une dormeuse, avec la citoyenne Sillery et la citoyenne Égalité sa fille.
R. Qu'il n'en savoit pas un mot.
D. Qu'il ne dit pas la vérité, car il est impossible de croire qu'un père ne connoisse pas les démarches de ses enfants, surtout lorsqu'il est question de faire un voyage chez l'étranger.
R. Que sa première réponse est de la plus exacte vérité : qu'il ignoioit le motif du voyage de Pétion et n'avoit point de raison pour s'en informer.
D. Que s'il a ignoré le motif du voyage de Pétion, il n'a pas ignoré celui du voyage de sa fille, et qu'il est dans Tordre des choses qu'il ait consenti à ce qu'elle fît le voyage avec Pétion.
R. Le voyage de sa fille n'avoit d'autre but que de la dissiper, lui faire prendre l'air, l'occasion de prendre les eaux, la perfectionner dans la langue angloise. Mme de Sillery ayant observé au comparant que le voyage lui seroil utile et qu'elle craignoit en traversant la France, si elle n'eût été accompagnée de quelqu'un dont le patriotisme fût bien connu , que Pétion et Yoidel lui avoient proposé de l'accompagner ; il y consentit.
D. Antérieurement au voyage de sa fille avec la dame Sillery et Pétion, n'a-t-il pas eu avec ce dernier des relations particulières ?
R. Que non.
D. N'avoit-il pas pour intermédiaires des relations ci-dessus Sillery et Louvet ?
R. Qu'il n'a jamais connu Louvet ni parlé; qu'il a quelquefois demandé à Sillery ce que Pétion pensoit des affaires