JEAN SAUNIER ET FÉLICITÉ ROGER
aucun prêtre, et pourquoi a-t-on trouvé Saunier dans un réduit obscur devant la porte dequel était une armoire ?
R. Je ne l'avais point comme prêtre, je le regardais comme malade.
D. Mais on ne cache point ainsi un malade, lorsqu'on n'a point de motif.
R. S'il n'y eût eu que des administrateurs qui sont faits pour être respectés1, on n'eût pas passé ledit Saunier dans le cabinet. L'affluence extrême a répandu la terreur et on a craint qu'il ne fût insulté.
Cette réplique touchait au vif l'administrateur chargé de l'interrogatoire. Il reprit :
D. Il est clair, d'après cette réponse, que les administrateurs qui ont fait cette visite ne sont pas faits pour être respectés.
R. Par des âmes honnêtes toujours ; mais par l'affluence du monde, on n'en peut répondre.
D. Les autres ci-devant religieuses avaient-elles connaissance que ce prêtre existât dans l'Hôtel-Dieu?
R. Elles pouvaient le savoir comme l'ignorer.
D. Sans doute Saunier confessait, administrait, surtout les ci-devant religieuses.
R. Son état de malade ne [le] lui aurait pas permis.
D. Lorsque Saunier est entré dernièrement à l'Hôtel-Dieu, était-il muni d'un passeport?
R. Il ne m'en a pas fait part, je ne le crois pas.
On lui allègue la loi sur les passeports.
R. Je n'en ai point de connaissance; nous couchons tous les jours des malades qui n'ont point de passeports.
D. Vous devez au moins savoir d'où ils sont et d'où ils viennent.
R. Non : l'état de leur maladie est la seule chose qui nous les fasse recevoir.