W 300, do«ier292, pièce
204 CHAP. XVin. — 1« VENDÉMIÀ1RE-14 FRIMAIRE.
meurs innocent ; mais la foule immense qui assistait aux débats a dû tranquilliser la conscience des jurés par ses applaudissements et par les cris unanimes : Vive la République I c'est la sanction du peuple1. »
Ce n'est pas seulement la parole, c'est la pensée que l'on voulait atteindre. Aussi, pour les propos contrerévolutionnaires, l'ivresse, aux yeux de l'accusateur public, n'était-elle pas une excuse, mais, au contraire, une force révélatrice ; elle ne faisait que manifester ce qui était au fond de l'âme :in vino veritas. J'ai signalé plus haut la réplique d'un juge à un prévenu qui croyait se couvrir de cette excuse. Dans un procès où fut impliqué, un peu plus tard, Jacques Bretagne (26 ventôse, 16 mars 1794), il est dit de lui, « qu'il prétend luimême que ces propos ont été l'effet de l'ivresse ; mais si ces sentiments contre-révolutionnaires n'eussent pas été les siens, il ne les aurait pas manifestés ainsi publiquement. »
Et une autre fois l'on invoquait le grand apôtre Jean- Jacques :
« Qu'il est constant, ainsi que le dit le célèbre Rousseau, que l'effet du vin fait voir l'homme tel qu'il est : ainsi, qu'un patriote, troublé par un moment d'intempérance, ne laisse voir qu'un patriotisme porté au delà de ses bornes naturelles, comme un aristocrate, échauffé par le vin, ne fait que se livrer à l'indiscrétion de ses sentiments contre-révolutionnaires1. »
Disons pourlanl que le tribunal n'adopta point toujours la théorie de l'accusateur public. Dans Jes deux cas