LE CONVENTIONNEL NOËL
Il proteste qu'il a toujours été d'avis que la France ne pouvait se sauver contre tant d'ennemis qu'en restant unie; que Ton a bien parlé dans les débats d'une faction d'Orléans; qu'il ne sait si elle a existé, qu'il a toujours été fort affligé des débats et attaché à l'union.
D. Quelle est votre opinion sur l'insurrection du peuple de Paris aux journées du 31 mai dernier et jours suivants ?
R. Je n'ai point formé d'opinion là-dessus, parce que je n'ai jamais su leur objet.
D. Les représentants du peuple de la Commune de Paris ayant à cette époque manifesté hautement à la barre de la Convention le désir d'en faire exclure les scélérats qui cabalaient contre la souveraineté nationale, et ayant professé textuellement que tel était Tunique objet de l'insurrection, comment vous, député du peuple, témoin de ces scènes célèbres, pouvez-vous dire avoir ignoré le but de cette insurrection, surtout ayant appris et vu de vos propres yeux que l'insurrection a cessé au moment même où ces scélérats ont été frappés du décret d'accusation ?
A répondu qu'il sait bien qu'ils ont demandé l'expulsion d'un nombre de membres, mais qu'il ignore sur quels motifs cette demande était fondée, parce qu'il n'a pas vu la preuve qu'ils fussent coupables de ce qu'on leur imputait, et que l'on ne doit jamais juger coupable celui qui n'est qu'accusé, mais seulement celui qui est convaincu; de sorte qu'il a suspendu son jugement jusqu'à ce que la preuve des crimes qui leur étaient imputés fût produite.
À lui demandé s'il a un défenseur; etc.
Le lendemain, il comparaissait devant le tribunal. 11 demanda un sursis jusqu'à ce qu'il eût pu se procurer les pièces justificatives qu'il avait adressées au président de la Convention, et on lui donna jusqu'à une heure après midi. Ce délai expiré et les pièces n'ayant pas été produites, on se borna à lire, pour tout réquisitoire, le
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décret d'accusation qui avait été rendu contre lui1. 11 fut condamné et exécuté le môme jour (18 frimaire, 8 décembre 1793).
« En montant sur la charrette, dit Du Lac, aprèss'êlrc placé auprès de la femme Dubarry qui étoil peu susceptible de s'apercevoir de son voisinage, il voulut pérorer le peuple ; mais sa voix fut dans l'instant même couverte du cri unanime de Vive la République. Ses gestes annoncèrent sa mortification, mais on ne put saisir un seul mot de ce qu'il disoit1. »
Le même jour (18 frimaire), Clavière, ancien ministre des contributions publiques dans les deux ministères girondins, avant et après la chute de Louis XVI, mis en état d'arrestation avec les Vingt-Deux et les Douze, échappait à un sort pareil en se frappant au cœur dans sa prison. 11 a son dossier au tribnnal révolutionnaire. On y trouve, à la date du 19 septembre 1795, l'interrogatoire d'où l'on comptait tirer les motifs de la condamnation qu'il évita par sa mort3.
Sa mort donna pour la première fois lieu d'appliquer le monstrueux décret dont nous avons parlé plus haut, et une lettre de Fouquier-Tinville à la Convention le constate :
« Paris, 19 frimaire an H.
« Citoyen président, j'ai l'honneur d'informer la Convention qu'Etienne Clavière, ex-ministre des contributions publiques, dont le jugement aurait eu lieu aujourd'hui, s'est jugé luimême, sur la notification de l'acte d'accusation et de la liste des témoins, aux termes de la loi. Ce conspirateur et ministre
1. Archives, W 500, 508, pièce 15 (procès-verbal d'audience).