‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 176 sur 451 · DOMESTIQUES FIDÈLES ET DÉNONCIATEURS · texte numérisé non relu

DOMESTIQUES FIDÈLES ET DÉNONCIATEURS

Les domestiques fidèles et les dénonciateurs.

Le 25 (15 décembre), trois serviteurs du duc de Montmorency, Jacques Serpaud, intendant, Jacques Hosson- Ciuncourt, trésorier, et Jacques Blouet, concierge, accusés d'avoir écrit ou envoyé de l'argent à leur maître émigré et tenté de dérober son argenterie à la confiscation.

Citons quelques fragments de la dénonciation qui les avait livrés à la justice révolutionnaire. Cela pourra donner une idée des auxiliaires qu'elle trouvait dans le peuple, et des moyens qu'ils employaient :

Nous dénonçons comme conire-révolutionnaires, agens et correspondans du ci-devant duc de Montmorency émigré, les nommés Serpaud, son intendant, Ilusson de Cliancourt, son trésorier, Blouet son concierge et le frotteur, qui est un étranger dont nous ignorons le nom; demeurant tous quatre au cidevant hôtel de Momorcncy, rue Saint-Marc, section de 1792. Il est important de s'emparer sur-le-champ de leurs papiers pour les traduire au tribunal révolutionnaire.

Après avoir signalé en outre un nommé Lévêque- Dumoulin, ami intime de Serpaud, ils rappellent qu'ils avaient déjà dénoncé au Comité de sûreté générale, le 27 octobre 1 792, les intrigues de ces individus, coupables d'avoir dissimulé Pargenterie de leur maître, en disant qu'elle avait été portée à la Monnaie. Or on l'avait trouvée cachée :

Le modérantisme d'alors fit qu'on ne sévit pas contre eux dès ce moment.

Puis venait la correspondance :

Dans le mois de février dernier, Serpaud, craignant que les lettres qui lui seroient adressées par son maître émigré ne fussent ouvertes à la poste, invita le citoyen Pillé, l'un de nous, à recevoir toutes celles qu'il lui feroit adresser par Montmorency, pour les lui passer de 6iiite. Ce dernier y consentit, avec l'intention secrète de découvrir les intelligences de ces traîtres à la patrie et de pouvoir les déjouer. Il fit part de cette convention, à l'instant, au citoyen Héron, soussigné, qui y applaudit et communiqua, avec le citoyen Pillé, au citoyen Marat les lettres qui arrivèrent. Les deux ou trois premières furent très courtes, énigmatiques et insignifiantes pour ceux qui n'en avoient pas la clef. Nous jugeâmes bon de les passer à mesure à Serpaud pour engager la correspondance plus avant. 11 y répondit à l'adresse d'un nommé Nivard, greffier à Maestrik, et notre tentative réussit. Celles qui suivirent, quoique du même style, ne laissent pas de doute sur leurs intelligences contre-révolutionnaires. Après en avoir reçu quatre ou cinq, nous cessâmes d'en recevoir, sans doute par quelque méfiance qui leur fit changer .d'adresse. Elles restèrent déposées entre les mains du citoyen Marat, pour en faire usage auprès du Comité de sûreté générale. Sa maladie y apporta du retard, et son affreux assassinat suspendit tout.

Ils ajoutent qu'Husson, Blouet et le frotteur correspondaient aussi. Ils donnent quatre ou cinq noms encore comme suspects et signent : Mallet, Pillé, Héron (20 septembre 1795)1.

On les arrêta et ils furent interrogés par Dobsent, juge au tribunal* : Serpaud, le 4 octobre; Blouet, le concierge, Poncelet, le frotteur, et Husson de Chancourt, trésorier, le 8. Ils nièrent tout; et deux d'entre eux au moins, Blouet et Husson, se croyaient assez hors de péril pour écrire au tribunal, sollicitant un prompt jugement5.

1. Archives, W 302, dossier 329, pièce 24. — 2. Ibid., pièces 4, 7, 8 et 9. 3. Ibid. y pièces 11 et 12 (sans date).

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