RAPPORT DE ROBESPIERRE (5 NIVOSE
la République, celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder.
Et il définissait la Révolution de manière à ne laisser ignorer à personne ce que voulait le gouvernement ainsi conçu ni à quel prix on arriverait à la Constitution :
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. La constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Le gouvernement révolutionnaire doit aux bons citoyens toute la protection nationale ; il ne doit aux ennemis du peuple que la mort.
On voit par quels liens déplus en plus étroits le tribunal révolutionnaire y était rattaché.
Le vaisseau constitutionnel, ajoutait-il, n'a point été construit pour rester toujours dans le chantier: mais fallait-il le lancer à la mer au fort de la tempête et sous l'influence des vents contraires? C'est ce que voulaient les tyrans et leurs esclaves, qui s'étaient opposés à sa construction, mais le peuple français vous a ordonné d'attendre le retour du calme; ses vœux unanimes, couvrant tout à coup les clameurs de l'aristocratie et du fédéralisme, vous ont commandé de le délivrer d'abord de tous ses ennemis. Les temples des dieux ne sont pas faits pour servir d'asile aux sacrilèges qui viennent les profaner, ni la Constitution pour protéger les complots des tyrans qui cherchent à la détruire.
Il justifiait la violence et l'arbitraire, ce qu'il appelait l'activité et la liberté du nouveau régime :
Si le gouvernement révolutionnaire doit être plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en est-il moins juste et moins légitime? Non, il est appuyé sur la plus sainte de toutes les lois, le salut du peuple ; sur le plus irréfragable de tous les titres, la nécessité.
Et dès lors, il indiquait les deux sortes d'ennemis à qui, au sein même du parti républicain, il se proposait de faire aussi la guerre, — les deux catégories de victimes qu'il désignait pour un avenir prochain aux rigueurs du tribunal :
II doit voguer entre deux écueils, la faiblesse et la témérité, le modérantisme et l'excès : le modérantisme, qui est à la modération ce que l'impuissance est à la chasteté, et l'excès qui ressemble à l'énergie comme l'hydropisie à la santé.
Les deux extrêmes aboutissent au même point. Que l'on soit en deçà ou au delà du but, le but est également manque.
Il va presquer nommer les personnes :
Rien ne ressemble plus à l'apôtre du fédéralisme que le prédicateur intempestif de la République universelle. L'ami des rois et le procureur général du genre humain s'entendent assez bien. Le fanatique couvert de scapulaires et le fanatique qui prêche l'athéisme ont entre eux beaucoup de rapports. Les barons démocrates sont les frères des marquis de Coblentz, et quelquefois les bonnets rouges sont plus voisins des talons rouges qu'on ne pourrait le penser.
C'est le mot pour rire dans un sujet où on ne l'attendait guère. Mais les ennemis se trouvent là même où Ton croirait trouver des amis. Le fond du système des terrorisants, je l'ai dit, c'est la peur; c'est le soupçon, c'est la défiance. Robespierre voit partout, autour de lui, des émissaires de l'étranger ;
Ils délibèrent dans nos administrations, dans nos assemblées sectionnaires, et s'introduisent dans nos clubs ; ils ont siégé jusque dans le sanctuaire de la représentation nationale ; ils dirigent et dirigeront éternellement la contre-révolution sur le même plan*