RAPPORT DE ROBESPIERRE (5 NIVOSE
Ils rôdent autour de nous; ils surprennent dos secrets; ils caressent nos passions ; ils cherchent à nous inspirer jus-
Ïu'à nos opinions ; ils tournent contre nous nos résolutions, tes-vous faibles, ils louent votre prudence ; êtes-vous prudents, ils vous accusent de faiblesse ; ils appellent votre courage témérité ; votre justice, cruauté.
Ménagez-les, ils conspirent publiquement; menacez-les, ils conspirent dans les ténèbres ; et, sous le masque du patriotisme, hier ils assassinaient les défenseurs de la liberté ; aujourd'hui ils se mêlent à leur pompe funèbre et demandent pour eux des honneurs divins, épiant l'occasion d'égorger leurs pareils. Faut-il allumer la guerre civile, ils prêchent toutes les folies de la superstition ; la guerre civile est-elle sur le point de s'éteindre par les flots du sang français, ils abjurent et leur sacerdoce et leur dieu pour la rallumer.
La conclusion, c'était au tribunal révolutionnaire de la donner. Mais son action avait besoin d'être stimulée :
Le Comité a remarqué que la loi n'est point assez prompte pour punir les grands coupables. Les étrangers, agents des rois coalisés, des généraux teints du sang des Français, d'anciens complices de Dumouriez, de Custine et de Lamarlière, sont depuis longtemps en état d'arrestation et ne sont point jugés. Les conspirateurs sont nombreux, ils semblent se multiplier, et les exemples de ce genre sont rares. La punition de cent coupables obscurs est moins utile à la liberté que le supplice d'un chef de conspiration.
Mais le tribunal lui-même était allé au-devant de ce que l'on pouvait souhaiter de lui :
Les membres du tribunal révolutionnaire, dont en général on peut louer le patriotisme et l'équité, ont eux-mêmes indiqué au Comité de salut public les causes qui quelquefois entravent sa marche sans la rendre plus sûre, et nous ont demandé la réforme l'une loi qui se ressent des temps malheureux où elle a été portée. Nous vous proposerons d'auto-
riser le Comité à vous présenter quelques changements à cet égard, qui tendront à rendre l'action de la justice égale, plus propice encore à l'innocence, et en même temps plus inévitable pour le crime et pour l'intrigue ; vous l'avez même déjà chargé de ce soin par un décret précédent.
Nous vous proposerons dès ce moment de faire hâter le jugement des étrangers et des généraux prévenus de conspiration avec les tyrans qui nous font la guerre.
En résumé, dans ce rapport, après avoir établi que le gouvernement révolutionnaire est un gouvernement de combat, la guerre de la liberté contre ses ennemis, une suspension de la Constitution pour l'extermination plus prompte de ses adversaires, il concluait en donnant toute satisfaction à l'impatience et aux vœux de Fouquier-Tinville : car il lui promettait des moyens d'agir plus énergiques et lui livrait, sans plus attendre, quelques victimes de choix.
Le décret qu'il proposa et qui fut adopté par la Convention portait :
Art. 1er. L'accusateur public du tribunal révolutionnaire fera juger incessamment Dietrich, Custine, fils du général puni par la loi, Biron, Debruili,Barthélemi, et tous les généraux et officiers prévenus de complicité avec Dumouriez, Custine, Lamarlière, Houchard.
C'était tenir le glaive suspendu sur toute l'armée du Nord.
Il fera juger pareillement les étrangers, banquiers et autres individus prévenus de trahison et de connivence avec les rois ligués contre la République française.
Art. 2. Le Comité de salut public fera dans le plus court délai son rapport sur les moyens de perfectionner l'organisation du tribunal révolutionnaire.