‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 197 sur 451 · RAPPORT DE BARÊRE (6 NIVOSE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE BARÊRE (6 NIVOSE

La loi qui fait arrêter les personnes suspectes, continue-t-il, a dû être portée.

Et reprenant tout le système de ce décret pour le défendre contre l'impression produite dans le public par le fameux numéro III du Vieux Cordelier de Camille Desmoulins qui venait de paraître :

Ainsi je dirai avec plus de raison et de politique que les écrivains périodiques, qui, sans le savoir et sans le vouloir peut-être, ravivent les contre-révolutionnaires et réchauffent les cendres de l'aristocratie, je dirai : Noble, suspect; prêtre, homme de cour, homme de loi, swspects; banquier, étranger, agioteur connu, citoyen déguisé d'état et de forme extérieure, suspects; homme plaintif do tout ce qui se fait en révolution, suspect ; homme affligé de nos succès à Maubeugc, à Dunkerque et dans la Yendéc, suspect. Oh ! la belle loi que celle qui eût déclaré suspects tous ceux qui, à la nouvelle de la prise de Toulon, n'ont pas senti battre leur cœur pour la patrie, et n'ont pas eu une joie prononcée ! Que n'a-t-on pu pénétrer ce jour-là dans les salons dorés, dans ce que la vanité appelle des hôtels, dans les clubs aristocratiques, dans les cafés inciviques, dans les groupes salariés, dans les confidences des complices du despotisme ! C'est là que les comités de surveillance eussent frappé sans erreur, et incarcéré sans remords.

De telles arrestations n'eussent pas motivé une nouvelle traduction de Tacite, qui n'écrivait que contre les tyrans sans révolution, et non contre les républicains révolutionnaires ; Tacite qui ne burinait les traits hideux de la tyrannie que lorsque la tyrannie était passée, et non pas lorsque nous attaquons les vieux amis, les incorrigibles sectaires de la tyrannie.

Mais les révolutionnaires pouvaient être confondus avec les aristocrates, dans cet immense réseau de délations que la loi des suspects avait remis aux mains des

comités de surveillance établis dans toutes las communes de France ; et la Convention, sur la proposition de Robespierre, avait chargé les Comités du salut public et de sûreté générale de prendre dans leur sein des commissaires qui avisassent aux moyens de réparer ces erreurs : c'est sur ces moyens que Barère venait faire son rapport. Il ne s'agissait, bien entendu, que de hâter la libération des patriotes, car pour les autres la prison était un régime salutaire.

Ils seront forcés, disait le rapporteur, d'aimer la liberté par une plus lougue privation.

La prison, qui leur était si bonne, était d'ailleurs le salut de la République. Les victoires du dehors se liaient à cette défaite des ennemis de l'intérieur.. On devait en croire Barère, leur rapporteur ordinaire :

Nous ne comptons de succès que depuis que les mauvais citoyens sont impuissants. Aussi c'est a^i milieu des maisons d'arrêt comme au milieu des camps que la République prend des forces.

Et pour conclure il proposait le décret suivant :

Art. 1er. Il sera formé dans le jour, dans le Comité de salut public, une section chargée exclusivement de l'examen et du jugement des motifs d'arrestation des citoyens incarcérés par les comités de surveillance, en exécution de la loi du 7 septembre (vieux style), concernant les personnes suspectes.

Art. 2. Cette section sera composée de cinq membres, qui sont tenus de s'assembler deux fois par jour pour cet objet.

Art. 3. Ils seront renouvelés dans le Comité tous les quintidis ; leurs noms seront secrets.

Ils travailleront seuls dans une salle particulière, ils décerneront, à la majorité des voix, les mandats de liberté.

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