Archives, W 303, 345, pièce 4 (procès-verbal d'audience
3. Ibid., pièce 5 (déclaration du jury), pièces 2 et 3, jugements de condamnation et d'acquittement.
LE JÉSUITE DERV1LLÉ ET MARIE-ANNE POULLIN. 287
Despotisme religieux ; — fanatisme chrétien ; — fanatisme monstrueux de Rome catholique ; — les Jésuites.
Je ne m'étonne pas qu'un homme qui s'avoue jésuite; qui préconise et suit leur morale et tous leurs principes; qui dans le tribunal, sur le fauteuil barré, s'y compare à Jésus dans la synagogue et se croit dispensé de révéler à la justice ce que l'intérêt public veut qu'on lui déclare ; qui publie que dans tous les cas de contradiction entre les brefs du pape et les lois de l'État, c'est aux premiers qu'est due l'obéissance et, qu'ayant à choisir entre la communion romaine et les principes républicains, il faut se dévouer à la première ; je ne m'étonne pas, dis-je, qu'un tel homme se soit permis un prosélytisme criminel, ainsi que tout le prouve, et qu'il ait conspiré dans ses vœux, dans ses principes, dans ses discours, dans ses actes. — En ma conscience, l'accusé est convaincu4.
Et voici comment l'auteur du Glaive vengeur traduit la sentence des trois condamnés :
Convaincus d'être auteurs et complices de complots, etc. ; particulièrement en opposant les faveurs du fanatisme à la majesté des lois, la volonté sanguinaire d'un prêtre, nommé Pape, à la souveraineté du peuple, à la puissance des législateurs, à l'autorité des magistrats, en tenant des conciliabules secrets et perfides, pour préparer le succès du fanatisme et favoriser parla le progrès des rebelles de la Vendée; en déguisant le sexe d'homme sous Vhabit de femme....
0 pudeur 1
... en recelant les signes du fanatisme et des contre-révolutionnaires » (p. 156).
1. Déclarations motivées d'AnloncUe, juré au tribunal révolutionnaire*
288 CilAP. XX. — NIVOSE (PREMIÈRE MOITIÉ).
Marie Adam, veuve Gravant. — Le ministre Lebrun.
Le 5 (25 décembre), une femme de naissance étrangère, perdue par suite de relations tout autres que celles qui ont entraîné le jésuite Dervillé et ses deux compagnes à la mort : Marie-Gasparine Adam, veuve Gravant, née à Berlin. Son père, sculpteur français, était attaché à la cour du roi de Prusse. Son mari, simple ouvrier d'abord des frères Dubois, avait été l'un des inventeurs des procédés auxquels notre manufacture de porcelaine, transférée de Vincennes à Sèvres, doit sa renommée *. Mais cela ne pouvait guère lui servir de défense devant le tribunal qui bientôt allait envoyer Lavoisier lui-même à Téchafaud.
On avait trouvé chez elle un portrait du grand Frédéric, et aussi le portrait de Louis XVI, dissimulé derrière une autre gravure. Dans une lettre adressée au roi de Prusse pour solliciter un secours (1785), elle s'était dite sa sujette1. On avait aussi trouvé chez elle des lettres d'un certain Guyot, qui la quittait pour aller remplir, en juillet i 792, les fonctions de commissaire civil à Cayenne, lettres beaucoup plus tendres pour elle que pour le gouvernement d'où allait sortir la République. Il lui écrivait de Loiïcnt, le 17 juillet, pour la consoler de son absence, que son voyage ne serait pas de durée :
D'ailleurs, ajoutait-il, j'ai assez de confiance dans les Autrichiens, les Prussiens et autres, ainsi que dans les divisions qui
1, Brongniart, Traité des arts céramique* et des poteries., t. H, p. 498,
2. Archives, \Y 303, dossier 352, pièce 9 (interrog. au Comité de sûreté générale, 30 frimaire), et la lettre, pièce 15.