MARIE ADAM, VEUVE GRAVANT
agitent la capitale, pour croire qu'ils abrégeront encore ma besogne par leurs gestes et faits !.
Et du 26 juillet :
J'ai lu les nouvelles du jour... Nous avons pour ministre de la marine M. Dubouchage, grand bien lui fasse ! Il n'y sera plus quand on apprendra en France notre arrivée à Cayenne. Voilà une grande vérité.
Il me paroit qu'on fait une furieuse guerre à M. de La Fayette. Bon Dieu, mon Dieu ! que son rôle est différent de celui qu'il jouoit il y a deux ans M
Enfin le samedi 28 juillet, cette phrase antipatriotique qui trahissait ses sentiments criminels :
La belle recrue que celle que tu as vu faire sur le Pont- Neuf! Conviens donc que ces gens-là sont bons à tuer. Ils le seront aussy, va, laisse faire; je m'en rapportée tes Prussiens5.
Partageait-elle ces sentiments? Dubarran, qui l'interrogea au Comité de sûreté générale l'en soupçonna fort et la fit renvoyer devant le tribunal révolutionnaire, où le juge Denizot ne négligea rien pour s'en assurer; — mais le juge qui veut donner des leçons en reçoit quelquefois :
D. Si elle connoît les motifs de son arrestation?
R. Qu'elle la [les] présume ; que c'est parce qu'il a été trouvé chez elle le portrait de Louis Capet, dernier roy de France ; celui du roy de Prusse Frédéric II ; la brochure contenant la tragédie de la mort de Louis et autres papiers.
D. Par quelle fatalité ces objets trouvés chez elle, et qui ne servent qu'à l'adulation du despotisme et delà tyrannie, sontils restés jusqu'à cet instant en sa possession, et dans une époque surtout où tous les citoyens françois, vrayment révo-
1. Archives, ibid.t pièce 13.— 2. lbid., pièce 11. - 3. Ibid., pièce 10. TRIB. RÉ VOL. II 19
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lutionnaires, veulent perdre toute idée de servitude, qui ne les a, depuis quatorze siècles, que trop déshonorés?
R. Qu'elle a gardé les uns par négligence, et les autres par curiosité.
D. Si elle n'a pas eu des correspondances avec des ennemis de la République, depuis que notre révolution sainte nous a rétablis dans nos droits légitimes : la liberté et l'égalité ?
Elle déclare sa correspondance avec Guyot, commissaire civil à Cayenne, depuis l'Assemblée législative.
D. Si elle regardait Guyot comme un véritable patriote et un sincère partisan des intérêts du peuple?
R. Elle le regardoit comme aimant sa patrie, le peuple et la nation, mais qu'il pouvoit se tromper sur les moyens de la rendre heureuse.
A elle observé que le style des lettres de Guyot annonce qu'il étoit un homme encroûté d'aristocratie et grandement furieux de voir les François majeurs par leur révolution pour rentrer dans ce qui constitue par essence la légitimité du souverain, et que toute personne en correspondance avec un homme pareil peut être véhémentement soupçonnée d'être partisan de ses principes.
R. Qu'on a voit décrété la liberté des opinions; qu'elle, en conséquence, n'attaquoit pas la sienne ; que lorsque Ton a décrété la monarchie, elle désiroit la monarchie ; depuis qu'on a décrété la république, qu'elle la désire sincèrement.
D. Si elle a fait choix d'un défenseur1?
Le défenseur ne réussit pas à la sauver de l'échafaud*.
Le 7 (27 décembre), en attendant « les étrangers, banquiers » et autres, menacés par le décret du 5, un des derniers ministres des affaires étrangères, Tondu, dit