LE MINISTRE LEBRUN
Lebrun, ouvrier imprimeur, puis journaliste, puis introduit au ministère des affaires étrangères par Dumouriez, puis enfin ministre avec Danton, le 10 août. 11 avait été l'homme des Girondins et devait partager leur disgrâce. Décrété d'accusation, il avait fui : « hommage tacite à la justice de ce décret, i dit l'accusateur public1. 11 se cachait sous un (aux nom : mais « le génie tutélaire qui semble avoir ouvert un œil plus atLentif sur les destinées de la France, en raison de ses ennemis intérieurs et extérieurs, a porté son regard pénétrant jusque dans l'asile du traître et conspirateur Lebrun, qui croyait s'échapper en faveur [à la faveur] de l'immense population de Paris ».
Son procès fut vite instruit. Arrêté le 3 nivôse (25 décembre) il comparut le 4 devant Lanne, juge au tribunal révolutionnaire. On ouvrit devant lui un paquet, renferjnant un couteau, une paire de ciseaux, des journaux ou rapports, etc., dont rien n'est incriminé; puis le juge lui demanda :
D. S'il n'a pas quitté Paris depuis qu'il n'est plus ministre des affaires étrangères ?
R. Que non.
D. Si, depuis cette époque, il n'a pas habité différentes maisons, et notamment depuis le décret d'accusation rendu contre lui par la Convention nationale ?
R. Que c'est seulement depuis cette époque qu'il a habité plusieurs maisons.
D. S'il veut indiquer les noms des personnes chez lesquelles il a demeuré, depuis l'époque dont il a parlé dans sa répon? r ci-dessus ?
1. A Tant de fuir il irait donné l'exemple assez curieux d'un ministre qui, décrété d'arrestation, gsrde la signature. Voyes use lettre du Comité de salutpublic, à la date du 4 juin 1793, appendice n* V.
2i)2 CI1AP. XX. — NIVOSE (PREMIÈRES MOITIÉ).
H. Qu'il ne croit pas devoir répondre à cette question pour ne pas compromettre les personnes qui lui ont rendu service. D. S'il a un défenseur 1 ?
H avait composé dans ces derniers jours un écrit intitulé :
Mémoires historiques et justificatifs de mon ministère : — « commencé d'écrire le 1er nivôse, l'an 2 de la République. »
Il avait pris d'abord pour épigraphe cette sentence :
Plervmque innocenta recenii invidiœ impares (Tacite)
qu'il raya pour la remplacer par ces mots :
Numerate sex liberos : misericordia eum accusantibus erit
En voici l'avant-propos, où il déplore la fatalité qui l'a porté à des grandeurs pour lesquelles il n'élaitpas né:
Le moment de répondre aux graves et nombreuses imputations qui me sont faites est arrivé. Me voilà placé au point convenable (ni trop près, ni trop loin).
Je n'écris pas dans l'espoir de désarmer les ennemis.... J'ai moins encore l'ambition de jouer un nouveau rôle... ? Pour mon malheur, hélas I je n'ai pris qu'une part trop active aux affaires publiques et un vol trop élevé. Je pouvois rendre les mêmes services dans un poste plus obscur. Je n'y trou vois pas moins la consolation de faire le bien, j'y trouvois de plus le calme et le bonheur. Mon destin en a décidé autrement; je suis puni de ma témérité ; j'en supporterai la peine avec résignation, courage et patience.
Mais si je dois à la patrie le sacrifice de ma vie, je ne dois à personne celui de ma gloire. J'ai des enfants que j'aime;
î. Archives, W 305, dossier 565. pièce 3. Cf. pièce 6 (même date), l'interrogatoire qu'il avait subi la veille, immédiatement après son arrestation, devant Je Comité de sûreté générale. On l'avait interrogé aussi sur ses logements et sur une personne qui, se trouvant chez lui, fut arrêtée avec lui, maison d'ilarcourt, chez le citoyen Desenne, traiteur.