‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 210 sur 451 · LE MINISTRE LEBRUN · texte numérisé non relu

LE MINISTRE LEBRUN

il faut au moins que je leur laisse un nom dont ils n'aient pas à rougir.

Il fait son examen de conscience. Est-il entièrement irréprochable? Non, mais est-il ennemi de la liberté, traître à la patrie et conspirateur?

Ennemi de la liberté!... Juste ciel! moi qui combats et qui souffre pour elle depuis dix ans.

Conspirateur /... Et pour qui? moi que tous les despotes ont proscrit et voué à la mort.

Traître à la patrie /... Moi qui ne sais plus dans quel coin du monde reposer ma tête, depuis que cette patrie si chère a cessé d'être pour moi un asyle assuré.

Suis-je donc le seul sujet à Terreur, suis-je le seul que l'intrigue ait circonvenu? Où sont-ils les hommes qui ont fait plus que moi pour la révolution, où sont ceux qui ont servi avec plus de fidélité et de persévérance sous les drapeaux de la liberté? Où sont, enfin, les administrateurs passés et présents qui, après avoir soumis leur vie politique à la même épreuve que je vais subir, peuvent se flatter d'en sortir avec une conscience moins chargée? S'il en est un seul, qu'il m'attache au fatal poteau et qu'il fasse précipiter sur ma tête le glaive de la justice nationale1.

Il comparut le 6 (26 décembre 1 793) devant le tribunal. Le procès- verbal d'audience compte parmi les témoins : Cambon, Danton, Dubois-Crancé, Desfieux, Collotd'Herbois, etc.*. L'accusation, le rendait responsable et de la perte de la Belgique et de l'insurrection même de la Vendée. Ses anciennes liaisons le faisaient complice de ses amis. Il eut le même sort.

i. Archives, ibid., pièce 10.

Page 1