LE MARÉCHAL LUCKNER
Il n'avait pas été compris nominativement dans ce décret du 5 nivôse qui marquait pour le tribunal révolutionnaire Dietrich, Custine fils, Biron, etc. Il parut assez naturel de le comprendre au moins au nombre des « généraux et officiers prévenus de complicité avec Dumonriez, Custine », etc. Une lettre datée de la maison d'arrêt du Luxembourg, 3 nivôse, le dénonçait, et l'auteur, un Allemand d'origine comme Luckner, un prince même, un rejeton de la maison régnante de Hesse, devenu jacobin français et signant simplement « Charles Hesse», s'engageait à prouver qu'il était complice de Lafayette et de Narbonne1. Cette lettre n'était sans doute pas arrivée à Robespierre quand il proposa à la Convention le décret que l'on a vu; mais Fouquier-Tinville s'en empara et, sur la feuille qui lui servait d'enveloppe, il traça de sa main ce plan d'accusation :
Les principales bases de Vaccusation à faire contre Luckner i
1° Luckner s'est vanté, en dînant chez Gobel, que Lafayette de voit marcher avec ses armées sur Paris; qu'il le lui avoit dit; ensuite il a dénié avoir tenu ce propos.
2° Le déplacement des armées.
Voyage fait à Paris par Luckner pour y recevoir le bâton de maréchal, après sans doute avoir promis à cette cour corrompue qu'il seconderoit de tout son pouvoir ses intentions perfides et contre-révolutionnaires.
Autre voyage à Paris, quand il a été prendre le commandement de l'armée du Nord, toujours pour se concerter avec cette infâme cour et un de ses agents les plus actifs, Lafayette.
Sa retraite honteuse de la Belgique, d'accord avec cette même cour contre le vœu du peuple alors bien prononcé.