‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 24 sur 451 · REPRISE DE L'INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

REPRISE DE L'INTERROGATOIRE

% R. Que loin de déguiser la vérité, je m'honorois de lui rendre hommage même au péril de ma vie ; que je n'avois jamais vu l'inscription dont on me parloit; que j'avois remarqué, au contraire, dans le temps, que cette dénomination se répandoit dans le public, qu'elle n'étoit pas employée dans les états imprimés des bureaux du département de l'intérieur. Quant aux attributions injurieuses faites à Roland, je n'opposois que deux faits : le premier, ses écrits, qui tous renfermoient les meilleurs principes de la morale et de la politique ; le deuxième, l'envoi qu'il faisoit de tous ceux imprimes par ordre de la Convention nationale, et son exactitude à faire expédier ceux des membres de cette Assemblée qui passoient pour être le plus en opposition1.

D. Si je savois à quelle époque Roland avoit quitté Paris, et où il pouvoit être?

R. Que je le sache ou non, je ne dois ni ne veux le dire.

D. Observé que cette obstination à déguiser toujours la vérité montroit que je croyois Roland coupable ; que je me mettois en rébellion ouverte contre la loi ; que j'oubliois les devoirs d'accusée, qui doit toujours sur tout la vérité à justice, etc.

L'accusateur public, qui posoit cette question, continuet-elle, eut soin de la charger, comme toutes celles qu'il se roêloit de faire, d'épithètes outrageantes, et d'expressions qui sentoienl la colère. Je voulus répondre ; il requiert de m'interdire les détails; et lui et le juge, cherchant à se prévaloir de l'espèce d'autorité que leur donnoient leurs fonctions, employèrent tous les moyens pour me réduire au silence ou me faire parler à leur gré. Je m'indignai; je dis que je me plaindrais en plein tribunal de cette manière vexatoire et inouïe d'interroger; que je ne m'en laisserois point imposer

1. 11 n'y avait sans doute, ni bureau établi, ni inscription à ce bureau, puisqu'elle le nie ; mais un service analogue à ce que dit le juge existait au ministère de l'Intérieur, puisqu'on lit dans XAlmanach national de 1793, à la suite des attributions du miaifttre : « La correspondance relative à la formation et propagation de l'esprit public, dont À.-F. Letellier est particulièrement chargé. » (Dauban, Étude tur Mme Roland, p. cliii.)

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par l'autorité ; que je reconnoissois, avant tout ce que les hommes avoient institué, la raison et la nature; et me tournant du côté du greffier : « Prenez la plume, lui dis-je, et écrivez :

« Un accusé ne doit compte que de ses faits et non pas de ceux d'autrui. Si, durant plus de quatre mois, on n'eût pas refusé à Roland la justice qu'il sollicitoit si vivement en demandant l'apurement de ses comptes, il n'auroit pas été dans le cas de s'absenter, et je ne serois pas dans le cas de taire sa résidence, en supposant qu'elle me fût connue. Que je ne connoissois point de loi au nom de laquelle on pût engager à trahir les sentiments les plus chers de la nature. »

Ici l'accusateur public, furieux, s'écria qu'avec une telle bavarde on n'en finiroit jamais, et il fit clore l'interrogatoire.

« Que je vous plains ! lui dis-je avec sérénité. Je vous pardonne même ce que vous me dites de désobligeant ; vous croyez tenir un grand coupable, vous êtes impatient de le convaincre ; mais qu'on est malheureux avec de telles préventions! Vous pouvez m'envoyer à l'échafaud; vous ne sauriez m'ôter la joie que donne une bonne conscience, et la persuasion que la postérité vengera Roland et moi, en vouant à l'infamie ses persécuteurs. »

On me dit de choisir un défenseur ; j'indiquai Chauveau, et je me retirai, en leur disant d'un air riant : « Je vous souhaite, pour le mal que vous me voulez, une paix égale à celle que je conserve, quel que soit le prix qui puisse y être attaché. »

Cet interrogatoire s'est fait dans une salle dite du Conseil, où étoit une table autour de laquelle étoient rangées plusieurs personnes qui paroissoient être là pour écrire, et qui ne faisoient que m'écouter. Il y eut beaucoup d'allants et de vcnants, et rien ne fut moins secret que cet interrogatoire l.

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