Mémoires de M™ Roland, p. 424-428 (Ed. Dauban
Procès.
Elle ne devait plus tarder à paraître devant le tribunal. Depuis longtemps elle y était appelée, comme complice des Girondins, par le Père Duchesne ; et plusieurs des articles de ce journal pouvaient être considérés comme autant de violents réquisitoires qui concluaient à sa mort1. La sentence qui frappait les Girondins l'atteignait d'ailleurs directement. Aussi l'acte d'accusation que rédigea contre elle Fouquier-Tinville était-il d'une brièveté dédaigneuse. Il rappelait que le glaive de la loi venait de frapper les principaux chefs de la conspiration.... Que d'aulres « avaient su jusqu'à présent, par une lâche fuite, se soustraire à la punition de leurs forfaits; que de ce nombre élait Roland; mais que la conspiration se continuait, et que Roland en fuite avait laissé sa femme à Paris, laquelle, quoique mise en état d'arreslation dans une maison d'arrêt, correspondait avec les conspirateurs retirés à Caen ; et pour preuve il citait des fragments de lettres de Barbaroux à Duperret, de Duperret à Mme Roland et de Mme Roland à Duperret, dont on a vu plus haut quelques passages.
Un rapport fait au comité révolutionnaire de la sec-
1. Voy. le n° 248 (vers le 20 juin 1795). lœ. grande visite du PèYe Duchctne à la citoyenne Roland dans la prison de V Abbaye, pour lui tirer les vers du nez et connaître tous les pivjeis des envieux de la République. Son entretien avec cette vieille édentée qui s* est déboutonnée au vis-à-vis de lui et qui lui a découvert te pot aux roses au sujet de la contre-révolution que les Bris*sotins, tes Girondins, les Bttzotins, les Pétionistes mitonnaient d? accord avec les brigands de la Vendée et surtout avec le qui bus de F Angleterre* Jf. Dauban l'a reproduit en partie dans son Etude sur Mme Roland s p. cctiii»
tion du Panthéon, le 1er juin (le jour où Mme Roland fut arrêtée pour la première fois), avait dénoncé des faits et désigné des témoins dont l'accusateur public devait tirer parti pour le procès \
Au dire du dénonciateur, et sur ce premier point on le pouvait croire, Mme Roland avait été complice de l'évasion de son mari ; et il signalait le domestique de Roland comme pouvant révéler les conspirations tramées à sa table. On y divisait la France en 24 gouvernements* qui étaient distribués entre les convives : Brissot, Barbaroux, Vergniaud, Gensonné, Buzot, Guadet, etc. Roland devait avoir la qualité de roi. Pour tout arranger, on devait céder la Bretagne aux Anglais, l'Artois et la Lorraine à l'Empereur. « Après quoi tout irait bien, et le sans-culotisme finirait par se taire. »
Un des principaux témoins que le comité révolutionnaire de la section du Panthéon recommandait d'interroger, et que le juge Dobsent interrogea*, était une demoiselle Mignot, âgée de cinquante-cinq ans, maîtresse de clavecin. Elle avait donné des leçons à la fille de Mme Roland; elle était restée en qualité d'institutrice auprès d'elle, et Mme Roland avait eu un instant la pensée de la lui confier pour l'élever à la campagne, tandis qu'ellemême et Roland resteraient à Paris au milieu des troubles qu'on pouvait prévoir (25 décembre 1792) \ On trouve dans sa déposition, non point cet intérêt que le bon serviteur ressent pour ses maîtres exposés au péril, mais le fiel de l'institutrice envieuse qui saisit l'occasion
1. Voyei l'extrait des dénonciations du comité révolutionnaire de la section du Panthéon (Archives, W 294, doss. 227 [dossier de Mme Roland], pièce 24).