CHANSON
Air : Vive Henri IV.
Vive Louis XVI!
Vive ce roi charmant ! '
, | bi*
11 est bien aise Quand il est bien content.
Vive, etc.
TRIB. RKVOL. II *2
Elle dut répondre sur la possession de ces objets, d'abord devant les administrateurs de police, puis devant un des juges du tribunal ; mais au fond on la mettait surtout en jugement pour ses rapports avec Durosoy cl le concours qu'elle avait prêté à son journal: c la ci-devant Gazette de Parti *, comme receveuse des abonnements, « et des fonds pour la contre-révolution », ajoute Fouquier-Tinville. Sur la réquisition de l'accusateur public, le tribunal fit monter auprès d'elle, séance tenante, sur les bancs des accusés, un des témoins, l'imprimeur du journal, Girouard, personnage assez peu estimable d'ailleurs, imprimant ce qu'il recevait de toute main, et surtout ce qui, vu les risques à courir, lui promettait le plus d'argent : écrits royalistes ou romans du marquis de Sade. Quelques jours auparavant (13 nivôse), à la suite d'un interrogatoire, il avait été envoyé à la Conciergerie par le Comité de sûreté générale, qui paraît heureux de trouver dans les produits de ses presses celte association de royalisme et d'obscénités l , et déjà un juge du tribu-
S'il n'est à table, { b .
Il est toujours au Ut. (
Qu'il est aimable
Quand il sait ce qu'il dit.
Hais c'est pis qu'un diable
Tour cacher son esprit.
A l'art de plaire J . .
Qu'il esquive souvent ( M*
Par caractère
Jl joint heureusement
L'esprit de se taire,
Et chacun est content.
W 508, dossier 401, pièce 22.
1. D. Pourquoi vos presses sembloient-etles être consacrées à tous les ouvrages d'aristocratie contre-révolutionnaires et obscénités qui constatent un homme sans mœurs, sans vergogne, qui caractérisent un vrai contre-révolutionnaire, car on ne peut être républicain avec de telles mœurs.
R. J'imprimois tout indistinctement, comme il falloit vivre et quej'avois une nombreuse famille.
Des livres trouvés chez lui, il reconnaît comme les ayant imprimés : Justine,
LA FEMME FEUCHÈRE ET L'IMPRIMEUR G1R0UAUÏ). 330
nal révolutionnaire l'avait interrogé1. Fouquier-Tinville lui abrégea les délais, simplifiant en même temps sa propre besogne.
Le tribunal, en le mettant en jugement, ordonna que l'acte d'accusation rédigé contre la femme Feuchère lui serait appliqué : preuve de plus que le véritable motif était un délit de presse; et le juré Antonelle le proclamait bien haut dans ses déclarations motivées. Il en prend occasion de refaire le procès à Durosoy déj;i guillotiné. Ce n'est pas seulement l'auteur de l'article et l'imprimeur; c'est la simple vendeuse qui devient coupable du crime, coupable même au premier chef : l'auteur el l'imprimeur composent le poison; mais la vendeuse est celle qui l'administre, la véritable empoisonneuse, une Brinvillers ! Écoutez Antonelle : sa déclaration mérite bien d'être reproduite tout entière :
Durosoi fut un capilan ridicule, un royaliste infâme, un journaliste conspirateur; ses partisans osoient aussi le défendre et croyoient y réussir par l'abus sacrilège des mots les plus respectés et la monstrueuse extension d'un de nos plus sainU droits, la liberté de la presse.
Certes une telle liberté consacreroit l'impunité d'un très grand crime.
Les assassins aussi elles empoisonneurs réclameroient bientôt le libre usage du poignard et des poisons.
Durosoi redigeoit la Gazette de Paris : ce mot dit tout à ceux qui la counoissent. (Suit un portrait de Durosoi.)
Un tel journaliste ctoit sans doute un détestable conspirateur. Eh bien, je déclare que l'accusée Feuchère, non moins
Jet Amour* de Marie Stuart, les Soirée* de l'Automne et les Trois Nouvelles / les autres lui viennent, dit-il, de la boutique que sa belle-sœur avait au Palais- Royal, galerie du Cirque. (Ibid., pièce 49.) 1. 15 ni voie. Ibid., pièo 50.
criminelle sous le rapport politique, présente sous celui de la morale quelque chose de plus révoltant.
Jetez les yeux sur les feuilles de Durosoi ; la perversion morale y est sans doute la couleur dominante ; mais on y découvre aussi je ne sais quelle teinte de folie chevaleresque, d'enthousiasme puéril et de renversement de principes, qui peut et qui doit même inspirer la pitié. Cela adoucit un peu l'extrême horreur.
Mais envers l'accusée Feuchère, l'horreur demeure entière... Que faisoit-elle en effet?
Froidement, paisiblement, sans péril ni peine, distributrice des poignards qu'elle faisait aiguiser, elle n'avoit du crime que le profit; l'autre en avoit le trouble et les dangers ; elle vivoit du talent deshonoré de cet homme dont elle entretenoit la frénésie et qu'elle croyoit dévouer seul à l'exécration publique et à la vengeance des lois.
File étoit scélérate avec calme, avec réflexion, avec badinage ; on Ta vu aux débats. Oui, je le pense, elle fut scélérate avec sérénité, sans cesser d'être tranquille.
A la vérité, ce n'étoit pas elle qui préparait et manipuloit les venins. Il paroît que Durosoi était seul chargé de leur composition. Mais vu l'intimité de leur commerce habituel, il est sensible qu'au moins elle les distilloit en partie ; que sous le rapport des vœux, des opinions, des sentiments, des principes, ces deux êtres avoient de grandes ressemblances ; que souvent la feuille infâme a dû porter le cachet commun.
II est d'ailleurs, entre plusieurs faits graves, un fait incontestable et avoué : c'est que l'accusée Feuchère recevoit les abonnements, faisoit les envois, étoit la directrice de tous les moyens de circulation, la grande agenle d'une entreprise criminelle qui n'avoit son dernier et véritable effet que par elle. C'est par la main de la Feuchère que l'esprit public étoit, si cela peut se dire, immédiatement empoisonné.
En ma conscience, l'accusée est convaincue. (P.21-24).