JUGEMENT SIGNÉ EN BLANC
faisait peser sur lui ; il confirmait de son témoignage l'alibi invoqué par Ducournau1.
Ils furent condamnés lous les trois le 26 nivôse (15 janvier). Cinq autres, compris dans la même accusation, étaient acquittés. Voici comment le juré Anlonelle entend à l'égard de Ducournau les circonstances atténuantes :
Pierre Ducourneau fut dans le principe un patriote sans reproche. Telle est du moins la pensée qui sort la première de l'ensemble du débat. H paroit avoir aimé sincèrement le peuple.
Pierre Ducourneau a combattu avec le peuple et pour le peuple. Mais s'il a trahi la sainte cause, s'il a forfait d'une manière grave, s'il est devenu transfuge à une époque décisive, s'il a préféré les fédéralistes au peuple, alors le souvenir de se premiers travaux doit rendre plus sévère la décision du juré qui s'en pénètre.
En ma conscience, l'accusé Pierre Ducourneau est convaincu de complicité (p. 32).
Ce jugement nous donne un nouvel exemple de signatures données de confiance par les juges, même dans celte période, pour la condamnation des accusés. Le fait et prononcé avait été écrit au quatrième feuillet et signé par Dobsent, président, Harny, Foucault, Donzc-Verteuil, juges, et Àrdouin, commis ' greffier. On avait supposé que le libellé du jugement à rendre irait jusque-là. Or, il s'arrôta au verso du troisième feuillet. Plutôt que de laisser deux pages en blanc, le greffier prit le parti de récrire à la suite : le fait et prononcé, et de demander une nouvelle signature aux juges. Us avaient donc signé avant que le jugement fût écrit dans sa teneur1.
1. Archives, W 31 0, dossier 411, pièces 32, 35 et 33 (interrogatoires, 15 nivôse).
2. Ibid., pièce 44. Un des juges qui avait signé alors et qui fut présent a l'an* dience, Donié-Yortcuil, n'a pas signé la seconde formule.
Un complot pour sauver la reine. — Jean Vissée, baron de La Tude.
Une affaire qui n'attirerait pas l'attention, vu l'obscurité des noms que Ton y trouve, nous ramène, le 27 nivôse (16 janvier), au plus grand procès du tribunal, celui de Marie-Antoinette. Il s'agissait d'un complot ourdi pour la soustraire à sa prison et à la mort. Y eut-il complot? y eut-il un plan véritablement formé enlre quelques personnes et avec un ensemble de moyens concertés pour l'exécuter? Il y eut assurément une grande conspiration de tous les honnêtes gens contre le crime qui allait s'accomplir; et, quoi qu'il en soit du fait, l'idée avait pour complices tous ceux qui aspiraient à ce résultat du fond du cœur, et qui n'imaginaient pas qu'au dernier moment un effort ne fût pas tenté pour sauver la reine. Cela se pensait partout, cela se disait en plus d'un lieu. Belle matière pour les dénonciations! et si ces paroles ont décelé quelque part un projet réellement arrêté, c'est à Paris, parmi les gens du peuple, qu'on le trouva.
Un nommé Perrin, horloger, vint déclarer, le 21 du 1er mois (12 octobre), qu'il se tramait un complot tendant (comme toujours) à la destruction de la Convention nationale, des autorités constituées et des sociétés populaires de Paris, pour ne pas dire des Jacobins. Le nombre des conjurés était de cinq cents. Un nommé Basset, garçon perruquier, rue de la Calandre, en faisait partie. Ce Basset, dont le dénonciateur avait su capter la confiance en feignant de partager ses sentiments, lui avait dit qu'il y avait dans la caserne de Courbevoie cinquante citoyens de la première réquisition, qui étaient du parti