‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 267 sur 451 · UN COMPLOT POUR SAUVER LA REINE · texte numérisé non relu

UN COMPLOT POUR SAUVER LA REINE

des conspirateurs ; que le but de ce soulèvement était d'enlever la veuve Capet de la Conciergerie : pour mettre leur projet à exécution, ils n'attendaient plus que la découverte d'un lieu où ils pussent se réunir*.

La dénonciation de ce Perrin fut reproduite avec quelques variantes, le 25 du même mois (16 octobre), le jour même de l'exécution de Maric-Anloincllc, à la Commune, par un sous-chef du bureau de sûreté de la ville, nommé Jean Henry, à qui l'autre en avait parlé :

Basset avait dit à Perrin qu'il connaissait environ quatre cent cinquante individus qui devaient agir à la faveur de quelque cmeule populaire, et s'emparer à la fois de l'Arsenal, de la Convention et des Jacobins, pour être sûrs de leur fait et pouvoir enlever la ci-devant reine, à laquelle ils voulaient sauver la vie; qu'ils ne doutaient point de la réussite de leur entreprise, étant persuadés que les trois quarts des habitants de Paris se réuniraient promptement à eux aussitôt qu'ils l'auraient commencée, attendu le grand nombre des mécontents qui se trouvaient à Paris.

Dans une visite à Basset, Perrin avait trouvé chez lui une femme « d'un certain âge et bossue », à qui il fut présenté comme étant du secret :

Que cette femme observa au déclarant qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour sauver la vie à la pauvre reine et qu'il fallait agir promptement.

C'était la femme Fournier. Dès le 20 (il octobre), sur une première dénonciation, on avait mis deux agents en campagne, Etienne Àrbeltier, officier de paix, chargé spécialement de surveiller l'esprit public, et Niquille,

.1. Archives, W 311, dossier 413, pièce 4. Voy. Campardon, Marie-Antoinette à la Conciergerie, p. 139-141. Il a réuni dans un appendice les principales pièce» du dossier.

son collègue. Ils feignirent d'être du complot. Ils annoncèrent qu'ils avaient trouvé le local en question, assez vasle pour y recevoir dix mille conjurés : le maire Pache leur avait donné pleins pouvoirs pour le louer. Basset ne s'ouvrit pas beaucoup; mais la citoyenne Fournier se montrait impatiente. Elle leur demandait :

Si nous ne frapperions pas bientôt le coup; qu'il était temps d'agir et de se réunir ; que si nous restions dans l'inaction, cette pauvre malheureuse (en parlant d'Antoinette) périrait.

Basset pourlant ne refusa pas d'aller voirie lieu qui avait été choisi, rue de la Roquette; et chemin faisant il s'ouvrit davantage :

Il témoigna beaucoup d'impatience d'exécuter le complot, dit l'agent, en nous assurant qu'il avait quinze cents hommes à sa disposition, dont un quart d'eux bien sûrs, casernes à Courbevoio.

Cependant le procès de la reine était commencé, et la citoyenne Fournier n'y tenait plus :

Les 25 et 24 (14 et 15 octobre), il vit deux fois la femme Fournier manifester par un désespoir affreux l'intention la plus perfide de réunir les conjurés pour frapper le grand coup.

On y comptait pourtant toujours dans sa maison, et le soir du 23 (14 octobre), le fils Fournier, enfant de quatorze ans, reconduit par le môme agent chez sa mère, c ne pouvait retenir sa joie de voir que bientôt les scélérats de Jacobins ne seraient plus et que leur règne serait détruit. »

Le plan, s'il était réel, devait s'accomplir sans retard, et il semble qu'il n'y eût plus qu'à bien garder la souricière. Comment donc ne vit-on paraître personne de

Page 1