ArchÎTes^AF u, 48, n° 68 (gardé dans l'armoire de fer
peut rendre ce tableau; il faut l'avoir vu. Mme Roland répondait à toutes avec une affectueuse bonté; elle ne leur promettait pas son retour, elle ne leur disait pas qu'elle allait à la mort, mais les dernières paroles qu'elle leur adressait étaient autant de recommandations touchantes. Elle les invitait à la paix, au courage, à l'espérance, à l'exercice des vertus qui conviennent au malheur. Un vieux geôlier, nommé Fontenay, dont le bon cœur avait résisté à trenle ans d'exercice de son cruel métier, vint lui ouvrir la grille en pleurant. Je m'acquittai au passage de la commission de Clavière; elle me répondit en peu de mots et d'un ton ferme. Elle commençait une phrase, lorsque deux guichetière de Tintérieur l'appelèrent pour le tribunal. A ce cri, terrible pour tout autre que pour elle, elle s'arrête et me dit en me serrant la main : « Adieu, monsieur, faisons la paix, o il en est temps. » En levant les yeux sur moi, elle s'aperçut que je repoussais mes larmes, et que j'étais violemment ému; elle y parut sensible, mais n'ajouta que ces deux mots : « Du courage1 ! »
« Après sa condamnation, ajoute Riouffe, elle repassa dans le guichet avec une vitesse qui tenait de la joie. Elle indiqua, par un signe démonstratif, qu'elle était condamnée à mort. Associée à un homme que le même sort attendait, mais dont le courage n'égalait pas le sien, elle parvint à lui en donner, avec une gaieté si douce et si vraie, qu'elle fil naître le sourire sur ses lèvres à plusieurs reprises1. »
Riouffe n'avait pu rapporter que par ouï dire ce qui se passa quand elle eut franchi le seuil de la pri-