‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 299 sur 451 · LA MARQUISE DE MARBEUF ET J. PAÏEN · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE MARBEUF ET J. PAÏEN

beuf. Elle avait tenu la main à ce qu'on fit le recensement du blé qu'elle avait dans ses granges, comme la loi l'ordonnait. Dans la ferme de la Haute-Maison, on trouva mille gerbes de plus que n'en avait accusé le régisseur Rolepeau (il en comptait faire son profit sans doute). Il voulut tirer vengeance de cet affront et, à cette fin, il s'associa un aulre régisseur, Loiseleur, cl un nommé David, qui avait autrefois exercé les mêmes fonctions. Alors, il prit l'offensive, et écrivit à l'ex-marquise celle lettre pleine de menaces :

Madame,

Je viens de recevoir une lettre de Roussel (le régisseur en chef) dans laquelle il me marque de rendre mes comptes dans quatre jours, avec des expressions menaçantes...

Nous sommes tous prëls à quitter nos gestions; mais je vous observe, Madame, que nous sommes en droit de réclamer des indemnités sous des rapports incontestables. J'insiste sur cet article.

Le citoyen David, ci-devant régisseur de vos fermes, est sur le point de partir pour servir dans l'armée révolutionnaire ; ce que vous lui devez ne lui étant pas payé, il ne peut servir la nation comme il le désirerait.

Son affaire doit me servir d'exemple. Je vous déclare que, sa cause étant unie à la nôlre, nous sommes d'accord pour suivre nos opérations dont les suites peuvent vous occasionner bien des désagréments.

Réfléchissez, Madame, sur cela. Nous vous parlons avec franchise et en bons républicains.

Je viens d'être reçu à la société populaire de Gonessc, affiliée aux trois sociétés de la Commune de Paris. La société m'a chargé de surveiller les traîtres, surtout les accapareurs et les scélérats qui dénaturent les terres, ainsi que les monstres qu'ils emploient, et d'en rendre compte exact pour le bien de la nation et la sûreté générale. Je remplirai les devoirs qui

me sont prescrits et je ferai connaître à la société que je suis digne d'entrer dans son sein.

Nous attendons, Madame, votre réponse par le porteur, Salut et fraternité,

Signé : Rolepeau, Loiseleur, David.

La Haute-Maison, le 6 octobre 1793, l'an 2 de la République française une et indivisible1.

La réponse n'étant pas satisfaisante, la menace fut suivie d'effets. Le régisseur infidèle et ses complices se portèrent dénonciateurs1, et leur lettre, cilée plus haut, comprenait déjà la substance de leur dénonciation : accaparement de provisions, champs labourables mis en luzerne, double moyen de faire la famine. La lettre ne parlait pas seulement des traîtres (la marquise de Marbeuf), elle parlait aussi des « monstres qu'ils emploient ». Par ce mot était désigné un homme en qui la marquise avait mis sa confiance et dont la présence avait sans doute beaucoup gêné les régisseurs infidèles dans leurs fraudes : Jos. Payen, locataire de Mme de Marbeuf et son voisin de campagne. 11 fut compris dans la dénonciation. Les dénonciateurs avaient fait courir le bruit que Mœe de Marbeuf cachait dans sa maison de Champ quelque proscrit. L'armée révolutionnaire de Neuilly-sur-Marne vint l'y chercher, et ne trouva personne. On lui avait dit qu'elle y avait accaparé des vivres : rien non plus. Mais Rolepeau fut établi à la garde de la maison et le lendemain Mme de Marbeuf. fut arrêtée dans son hôtel des Champs-Elysées. Jusque-là la noble dame s'était fait pardonner son opulence par une conduile qui devait lui

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