M- DE LAURAGUAIS, P. PIERRE ET LE CURE PETIT
La comtesse de Lauraguais ; Pierre, son domestique, et le curé Petit. — Nicolas Pasquin, valet de Madame Elisabeth.
Elisabeth-Pauline de Gand, femme séparée du comte de Lauragcais, était envoyée au tribunal pour correspondance avec les ennemis de la République, envoi d'argent aux émigrés, argenterie cachée; et avec elle, Pierre-Louis Pierre, son domestique, et Philippe-Joseph Petit, ancien curé constitutionnel de Mesnil, près de Lille, accusés de complicité avec elle.
Mme de Lauraguais était belle-mère du ducd'Arenberg: elle avait entretenu une correspondance avec lui1, ou du moins avec la duchesse d'Arenberg, sa fille et avec sa petite-fille : elle ne le niait pas et Ton a au dossier nombre de leltres qu'elle avait reçues d'elle1. Une rente annuelle de dix mille livres faisait partie de la dot qu'elle avait constituée à sa fille : elle s'était acquittée de celte obligation, elle en convenait encore. Mais elle soutenait que Ton n'y pouvait voir ni leltres, ni argent adressés à des émigrés : car le duc d'Arenberg n'était pas un émigré, mais un étranger ; et sa fille, en l'épousant, était devenue, selon les principes du droit civil, étrangère
1. On a de lui une lettre datée de Bruxelles, 30 mars 1793, où il lui dit :
c Les troupes françaises ont évacué nos villes avec le plus grand ordre et la plus grande tranquillité. Nos campagnes ont cependant beaucoup souffert, et, en ma qualité de grand propriétaire, j'ai fait des pertes immenses, s (Archives, W 320, dossier 485, 1" partie, pièce 55.) Nous avons mis en caractères italiques les mots soulignés par l'accusation.
2. Parmi ces lettres il en est une de sa petite-fille Pauline d'Arenberg, datée de Cologne, 16 juillet 1793, que l'on voudrait citer, tant elle est affectueuse et toute de souvenirs et de regrets (161W., pièce 26). La deuxième partie du dossier est presque tout entière composée de lettres de famille, que la famille ignore peut-être, et la troisième de lettres encore et de comptes.
406 CHÀP. XXffl. — PLUVIOSE (SECONDE MOITIÉ).
elle-même. On prétendait bien qu'elle avait eu d'autres rapports avec les émigrés ; qu'elle n'avait ûxé sa résidence à Oignies, sur la frontière belge, que pour être plus facilement en communication avec eux; que ses terres avaient été ménagées par l'ennemi, lors du bombardement de Lille par les Autrichiens et qu'elle ne le devait qu'à une lettre écrite par elle au duc de Saxe- Teschen qui commandait le siège. Mais elle le niait et on n'avait aucune preuve à lui opposer. Quant à l'argenterie que Ton avait trouvée cachée dans sa maison, elle ne pouvait en disconvenir; elle se bornait à dire qu'elle l'ignorait, persuadée que son homme d'affaires, lors de Papproche de l'ennemi, l'avait mise en sûreté en la transportant à Àrras1.
Pierre-Louis Pierre, son domestique, interrogé à son tour, confirmait tout ce qu'elle avait dit, soit en avouant ses rapports de lettres ou d'argent avec la duchesse d'Àrenberg, soit en niant tout le reste*.
Quant à Ph.-Jos. Petit, ancien curé de Mesnil, qu'on accusait de lui avoir servi d'intermédiaire avec les émigrés, il affirmait qu'il ne l'avait pas vue depuis huit ans, et, par le fait, on n'avait aucune preuve contre lui : si on le poursuivit, c'est qu'on avait lieu de croire qu'il avait rétracté son serment; des objets et écrits « fanatiques », c'est-à-dire religieux, trouves chez lui, faisaient penser qu'il n'avait jamais véritablement abjuré la foi ou qu'il en avait repris les pratiques'.
Ils furent condamnés tous les trois.