‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 326 sur 451 · Archives, W 526, dossier 532, pièce · texte numérisé non relu

Archives, W 526, dossier 532, pièce

2. Il dil en Autriche, par îc que la Belgique appartenait alors aux Autrichiens

LE HUSSARD GOSSENAY. 435

Mihel, quand il fut arrêté. On le ramena à Verdun après la retraite de l'ennemi et on le traduisit, comme déserteur, devant un tribunal militaire. Il fut condamné à mort; mais il obtint un sursis de quarante-huit heures pour faire venir de Valenciennes un extrait de son brevet d'amnistie, et sur cette pièce il fut relevé de la sentence. Il convenait que l'on ne savait rien de ces aventures quand il devint l'aide de camp de Vall au régiment des hussards de Berchiny1.

Ces déclarations n'étaient pas de nature à le rendre moins suspect. On l'accusa d'avoir été au dehors un soldat deCondé ; au dedans un agent de Pitt et de Cobourg. Ce qui ne paraissait pas douteux, c'est que, au dehors ou au dedans, il avait peu de goût pour la république ; il l'avait dit et il ne chercha pas un seul instant à se rétracter en ce point.

Beaulieu a fait de sa prison et de son jugement un récit qui ramène sur lui l'intérêt.

« Gosnay, dit-il, était fait au tour, d'une charmante figure, plein d'aisances dans toutes ses manières; avait beaucoup d'esprit naturel et ne manquait pas d'une certaine éducation. Obligé de coucher aux cachots, faute de moyens pour payer un lit, dès qu'il en sortait, il se déshabillait et se lavait, au milieu de l'hiver, depuis les pieds jusqu'à la tête, sous un robinet d'eau froide qui était dans la cour de la prison. Ainsi approprié, il endossait un habit de hussard, d'un drap assez fin, sous lequel se dessinait sa belle taille, et venait, dans cet état, causer, à travers les barreaux du guichet, avec les femmes et autres parentes des royalistes détenus, à qui la cause

i. Archives, W 320, dossier 532, pièce 0.

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qu'il avait défendue le rendait encore plus intéressant. » Une demoiselle très jolie en fut éprise et résolut de le sauver. Elle avait de la fortune, Gosnay n'en avait pas, et à cet égard n'excitait aucune convoitise-; peu ou point de haine politique non plus, ce jeune militaire n'était qu'un homme de main. La jeune fille se mit donc à solliciter en sa faveur au tribunal, « depuis le commis greffier jusqu'à Fouquier-Tinville » ; et on parut assez disposé à l'acquitter, s'il se conduisait avec prudence. Elle l'en instruisit, se fit donner mille promesses, et il n'en tint aucune. Lorsqu'on lui apporta la liste des jurés, il la prit et en alluma sa pipe, et il le fit ainsi jusqu'à la troisième fois. Celte fois pourtant on devait procéder au jugement. Plusieurs prisonnière se réunirent pour montrer à Gosnay la folie de sa conduite : comment ne pas chercher à se conserver pour une femme charmante qui l'aimaitpour lui-même? « Gosnay, continue Beaulieu, ne cessa de faire des folies ; mais tout était naïf, il n'y avait rien de forcé. Quand l'heure fut arrivé, il nous embrassa tendrement et nous dit en riant : « Vous m'avez donné un bon c déjeuner dans ce monde; je vais vous faire préparer à « souper dans l'autre, donnez-moi vos ordres. » Il suivit les gendarmes qui l'attendaient.

c Ni l'accusateur public, ni le président du tribunal, ne parurent suivre à son égard le système de persécution qui leur servait de règle dans la plupart des affaires ; mais Gosnay, au lieu de nier aucun des faits dont il fut accusé, au lieu de saisir aucune des réponses qui lui furent indiquées, s'accusa de tout, donna à tous les délits qu'on lui reprocha une intention positive. Lorsque son défenseur voulut prendre la parole en sa faveur, il lui dit : « Monsieur le défenseur officieux, il est inutile

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