Ibid., dossier
Paris, ce 8 ventôse de l'an H, etc. Citoyens,
Aux termes Je la loi, le Tribunal révolutionnaire se divise chaque jour en deux sections pour l'audience et en deux autres sections pour les interrogatoires. Les membres du Tribunal, jaloux de ne négliger aucun des moyens prompts à arriver à la punition des conspirateurs, se trouvent en ce moment livrés à l'examen de deux affaires importantes dont les débats se termineront tout au plus demain dans les deux • salles d'audience, le soir ou dans la nuit. Deux affaires également urgentes étaient indiquées pour être jugées demain, Tune est relative à Ferrand, chef de brigade du 67e régiment et à La Ruelle, capitaine du même régiment. Les témoins, tous militaires, obligés de retourner promplement aux armées, sont à Paris ; dans cette position, je me suis rendu certain que la salle d'audience du Tribunal criminel du département était vacante pour le 9 ventôse. Le président et l'accusateur public avec lesquels j'en ai conféré ce soir sont prêls à fournir la salle. Mais comme les membres d'aucun Tribunal n'ont pas le droit de se choisir un local, je demanderais que le Comité voulût l'autoriser [le tribunal révolutionnaire] à tenir séance dans la salle du département, toutes les fois qu'elle se trouvera vacante et que le cas l'exigera.
Salut et fraternité.
À.-Q. Fodouier.
. Et le Comité prit l'arrêté suivant :
[Du 8 ventôse 2 Rép. fr. indivisible.
Le Comité de salut public, d'après la demande de l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire de Paris, l'autorise à faire tenir la séance du tribunal dans la salle du département toutes les fois que le service l'exigera et que la salle se trouvera vacante.
Signé : Barêre (qui a écrit), Saint-Just, Carnot, Collot-d'Herbois *.
1 A. F. ii, 22, dossier 69, pièces 52 et 53.
NOËL DESCMMPS. 447
Les deux affaires qui occupaient le tribunal étaient celle de Claude Moreau, entrepreneur des convois militaires, qui se termina le 9 par sa condamnation, et celle des troubles de Rosay qui ne finit que le 12. Nous en reparlerons plus loin.
Les fédéralistes étaient toujours activement recherchés et impitoyablement punis.
Le 11 ventôse (1er mars), on en eut un exemple dans Noël Deschamps, un des habitués du café « ci-devant Conti » où il avait, disait-on, des conférences avec des hommes considérés comme suspects. Un jour, dans ce café, quelqu'un ayant dit : « Grandes nouvelles, les Marseillais ont passé Avignon et marchent à grandes journées sur nous», il avait dit : « 11 faut à présent que les affaires se terminent d'une manière ou d'une autre; les fiers jacobins ne s'empresseront pas d'aller au-devant d'eux ; » et comme on rapportait que dans la section du Finistère le triomphe des amis de l'ordre était complet, il avait ajouté : « Cela ne m'étonne pas ; il en est de même dans toutes lés sections, et voilà l'instant pour les vrais amis du bien public de revenir dans leurs sections où ils ne pouvoient aborder, en étant repoussés par les criailleries et les vexations de ces hommes qui se disent seuls patriotes et qui maintenant n'élèvent plus la voix et sont bien morts, depuis les nouvelles qui nous arrivent des déparlements qui s'arment pour les réduire à la raison. »
Dans son interrogatoire il nia bien ces propos et il affirma qu'il détestait le fédéralisme plus que tout autre parti1. Mais il n'aimait guère les montagnards; on