CHAP. XV. — BAILLY
C'est sur l'affaire du Champ de Mars que l'accusation avait réuni le plus grand nombre de pièces * et appelé le plus de témoins. Bailly avait dit à ce sujet dès le début :
« Je n'ai été au Champ de Mars que d'après les ordres de l'Assemblée constituante, qui, dans le jour et même avant, avait fait des reproches au Conseil général de ne pas surveiller avec assez de soins les mouvements des agents des puissances étrangères, que Ton disait abonder dans Paris : ce jour-là, le corps municipal était assemblé depuis huit heures du matin, et ce fut sur les nouvelles qui se succédaient, et qui toutes étaient plus alarmantes d'heure en heure, qu'il prit l'arrêté de marcher avec la force armée au Champ de Mars. J'observe d'ailleurs, que je n'avais au Conseil général, ainsi qu'au corps municipal, que ma voix, il fallait que j'obéisse au vœu de la majorité.
D. Quelle a été votre opinion individuelle lorsque le projet d'arrêté a été mis en discussion ?
R. Qu'il fallait obéira l'Assemblée nationale, et marcher vers ceux qui, disait-on, allaient exciter la guerre civile dans Paris.
Mais un rassemblement du peuple, quel qu'il fût, était chose inviolable et le président coupe court à toutes explication de l'accusé par ces mots :
Vous, qu'il avait élu son premier magistrat, vous ne deviez pasignorer que toutes les fois qu'il se rassemble, c'est pour délibérer sur ses intérêts les plus chers1. »
Les dépositions des témoins ne furent pas moins passionnées que l'acte d'accusation. C'est Anaxagoras Chaumette qui vient répéter ce qu'il avait publié, peu de jours après les événements, dans les Révolutions de Paru, où il écrivait alors; c'est Lullier, procureur général syndic