‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 4 sur 451 · RAPPORT DE SÀINT-JUST (19 DU 1" MOIS · texte numérisé non relu

RAPPORT DE SÀINT-JUST (19 DU 1" MOIS

peuple, et à laquelle, sous peine de mort, on a fait prêter serment en tout lieu ? Saint-Just répond :

Dans les circonstances où se trouve la République, la Constitution ne peut êlre établie ; on l'immolerait par elle-même. Elle deviendrait la garantie des attentats contre la liberté, parce qu'elle manquerait de la violence nécessaire pour les réprimer.

Le gouvernement présent est aussi trop embarrassé. Vous êtes trop loin de tous les attentats ; il faut que le glaive des lois se promène partout avec rapidité, et que votre bras soit partout présent pour arrêter le crime....

Il est impossible que les lois révolutionnaires soient exécutées, si le gouvernement lui-même n'est pas constitué révolutiounairement.

C'est la conclusion à laquelle il arrive après de nouvelles sorties contre tous les services publics : Contre l'armée :

Il est peu de grandes âmes à la tête de vos armées....

Il n'y avait eu jusqu'à présent, à la tête de vos armées, que des imbéciles et des fripons. Votre Comité de salut public a épuré les états-majors — [il y a envoyé Ronsin, Léchelle et Rossignol!] — mais on peut reprocher encore à tous les officiers l'inapplication au service : ils étudient peu l'art de vaincre, ils se livrent à la débauche, ils s'absentent des corps aux heures d'exercice et de combat....

Contre l'administration militaire :

L'administration des armées est pleine de brigands.

Contre toutes les fonctions publiques :

Tous ceux qu'emploie le gouvernement sont paresseux; tout homme en place ne fait rien lui-même et prend des agents secondaires ; le premier agent secondaire a les siens,

et la République est en proie h vingt mille sots qui la corrompent, qui la combattent, qui la saignent... Les bureaux ont remplacé le monarchisme. Le démon d'écrire nous fait la guerre et l'on ne gouverne point.

Et pour terminer :

Tout enfin a concouru au malheur du peuple et à la disette : l'aristocratie, l'avarice, l'inertie, les voleurs, la mauvaise méthode. Il faut donc rectifier le gouvernement tout entier, pour arrêter l'impulsion que nos ennemis s'efforcent de lui donner vers la tyrannie ; quand tous les abus seront corrigés, la compression de tout mal amènera le bien, on verra renaître l'abondance d'elle-même.

Le Comité proposait donc et la Convention vota le décret suivant (19 du 1er mois, 10 octobre 1793) :

Art. Ier, Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix.

H. Le Conseil exécutif provisoire, les ministres, les généraux, les corps constitués, sont placés sous la surveillance du comité de salut public, qui en rendra compte tous les huit jours à la Convention.

III. Toute mesure de sûreté doit être prise par le Conseil exécutif provisoire, sous l'autorisation du comité, qui en rendra corppte à la Convention.

IV. Les lois révolutionnaires doivent être exécutées rapidement. Le gouvernement correspondra immédiatement avec les districts dans les mesures de salut public.

Y. Les généraux en chef seront nommés par la Convention nationale, sur la présentation du comité de salut public.

VI. L'inertie du gouvernement étant la cause des revers, les détails pour l'exécution des lois et des mesures de salut public seront fixés ; la violation des délais sera punie comme un attentat à la liberté.

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