‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 40 sur 451 · CHAP. XV. - BAILLY · texte numérisé non relu

CHAP. XV. - BAILLY

d'avertir les patriotes de ce qui se passait. On n'y veut pas croire. Il retourne sur ses pas , et que voit-il ? Ces mêmes hommes, qu'il avait entendus crier dans les couloirs et sur la place de la Maison commune, prendre place sur le glacis dominant le côté par où la force armée devait arriver. Ce sont eux qui lui jettent des pierres ; à quoi l'on répond par une décharge en l'air qui ne blesse personne ; mais l'affaire est engagée, et la force armée peut alors massacrer tout à son aise les patriotes réunis à l'autel de la patrie. Le témoin, étant caché, vit tuer des femmes. Rentrant dans Pans à la suite de la troupe, il entendit les soldats se vanter du nombre de ceux qu'ils avaient tués. Enfin, étant revenu au Champ de Mars, il avait compté cinquante- quatre morts : et tous ceux qui avaient été tués sur les bords de la Seine avaient disparu.

« Qu'avez-vous à répondre sur la déposition du témoin? » dit le président à Bailly. — Et que pouvait-il répondre à une accusation de cette sorte? Il protesta qu'en toutes choses a il avait agi avec cette bonne foi et celte sincérité qui doivent caractériser le premier magistrat du peuple ».

Mais ces mots, dit le Bulletin « excitèrent un mouvement d'indignation dans l'auditoire l. »

Le président revient sur la part personnelle de Bail 1 y dans cette affaire ; ce que Coffinhal, trop occupé de se mettre lui-même en scène, avait h peine touché :

D. Lors de l'affaire du Champ de la Fédération, était-ce vous qui portiez le drapeau rouge ?

R. Non.

INTERROGATOIRE PUBLIC. fft

D. Vous deviez étudier la loi infernale que voua alliez mettre à exécution ; tous auriez su qu'il faut qu'avant elle soit proclamée par trois fois.

R. La proclamation en a été faite sur la place de la Grève.

D. Vous deviez la répéter au champ de la Fédération ; le peuple qui la connaissait mieux que vous, cette loi, attendait avec calme qu'elle fût proclamée pour se retirer ; si vous Paviez fait, le sang qui s'élève aujourd'hui contre vous n'attirait pas coulé.

R. C'était bien riaon intention de faire faire la proclamation; mais, ayant été assaillie par des pierres, la garde nationale fit feu.

D. L'avez-vous fait proclamer en route?

R. Non.

D. Cela semblait indiquer qu'il y avait un plan formé de la part de la municipalité, pour massacrer les patriotes : pourquoi, au mépris de la loi qui veut que la municipalité marche la première, vous êtes-vous, au contraire, fait précéder parla force armée? Si à cet égard tous eussiez observé la loi, c'est sur la municipalité que les pierres seraient tombées, et la garde nationale Saurait pas été peut-être assaillie ; mais par la conduite que vous avez tenue, ainsi que dans tout ce qui s'est passé ce jour-là, il n'y a pas lieu de douter que tout avait été préparé pour seconder les projets sanguinaires de la ci-devant cour, qui voulait se venger du peuple qui l'avait ramenée de Varennes.

R. Les pierres ont été jetées sur la garde nationale et sur la municipalité1.

Nous passons d'autres témoins qui, en effet,étaien tassez ordinairement sur les lieux quand il s'agissait de conspiration ou d'émeutes, et qu'on retrouvera à leur tour un peu plus tard sur les bancs des accusés, Momoro, Desfîeux, etc.

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