Louis-Hilaire Daussin : propos
— Jacques-Fr. Didier (.soixante ans), prêtre et ancien avocat. Dans son interrogatoire, il parut s'inspirer de son ancien métier. (Voy. p. 444).
La décision du tribunal a été indiquée plus haut. En voici le texte :
Le tribunal.
« Attendu que la loi qui a ordonné aux prêtres insermentés de se représenter au département dans la décade pour subir la déportation n'a été promulguée que le 2 brumaire, que ce même jour le prévenu a été arrêté et par conséquent mis dans l'impossibilité de se transporter au département, ordonne que ledit Didier, en état d'arrestation, sera renvoyé au déparlement pour l'exécution de la loi (Archives, W 351, dossier 451, pièce, 21).
r»50 JOURNAL DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
— J.-Fr. Fouques, cordonnier : mauvaise marchandise (Archives, W 351, dossier 552).
— Anne Mourlot : cri de Vive Louis XVII (ibid., 555).
— L. Postel, bijoutier, propos (ibid., 554).
— P. Mazeyrie, étudiant en chirurgie (trentehuit ans) : propos ; détenu jusqu'à la paix (ibid. r 555).'
— P. Moncelet, menuisier : cri de Vive le roi! (ibid. 9 556), voy. p. 444.
12. (2 mars). — Lebrasse, Caillet, Bavellier et Martin, gendarmes : propos, querelles, — renvoi des pièces au ministre de la guerre, au point de vue de la dis cipline (ibid., 332, dossier 565).
14. (4). — Nicolas-Joseph Tremblât et Madeleine Erabd sa femme : question de maximum (ibid.f 533. dossier 569).
— L. Blanc, pâtissier : accaparement de farine (ibid., dossier 576).
16. (6). — Claude Vivier, contrôleur des postes, renvoyé devant le jury d'accusation, le délit dont il était accusé étant de la compétence d'un autre tribunal (ibid.9 dossier 580).
— Ph. CosvERSATetFr.-Hon. Lenpumé, P. Mercier et J.-B. Delaherche ou Laherche, accusés sans preuves suffisantes, devoir entravé le recrutement (ibid., dossiers 382, 383 et 384).
— Claude Melcot, boulanger : nul délit constaté.
(Page 14.)
Séparation du due d'Orléaa» et de «es deux fil* MOBtpeaaier et Beaujolaie, à Marseille.
Le duc de Montpensier donne des détails intéressants sur cette séparation du père et de ses deux jeunes fils :
« Ce fut dans la matinée du 15 octobre que, causant avec mon père, nous vîmes arriver précipitamment Beaujolais avec un air d'inquiétude qu'il voulait en vain déguiser. Mon père lui demanda ce qu'il y avait de nouveau.
« Il est, répondit-il, question de vous dans les papiers. — « Si ce n'est que cela, mon cher enfant, cela n'est pas nou- « veau ; car on me fait cet honneur-là assez souvent ; mais, « je serai bien aise de lire ce papier, si tu peux me le procu- « rer. — C'est chez ma tante que je l'ai vu, et elle ne voulait a pas même que je vous en parlasse, mais je sais que vous aimez « mieux être instruit de tout. — Tu as très fort raison ; mais, « dis-moi, est-ce àla Convention qu'il a été question de moi? — « Oui, papa, et il a été décrété que vous seriez jugé. — Tant « mieux, tant mieux, mon fils; il faudra que tout ceci finisse «r bientôt d'une manière ou d'une autre ; et de quoi peuvent-ils « m'accuser ? Embrassez-moi , mes enfants ; j'en suis enchanté ! »
J'étais loin de partager sa joie ; mais, en même temps, sa parfaite sécurité et le penchant qu'on a toujours à se flatter de ce qu'on désire m'empêchèrent d'éprouver une inquiétude aussi vive que je l'eusse ressentie si j'avais appris cette fatale nouvelle en son absence. Il se fit apporter le papier public
et y lut son décret d'accusation, joint à plusieurs autres, a 11 « n'est, me dit-il, motivé sur rien ; il a été sollicité par do « grands scélérats ; mais n'importe, ils auront beau faire, je « les défie de rien trouver contre moi. »
Citait ainsi que cette espèce d'optimisme si précieux, qui déminait son caractère, lui cachait le danger affreux auquel il était exposé : « Allons, mes amis, continua-t-il, ne vous attristez « pas de ce que je regarde comme une bonne nouvelle, et « mettons-nous à jouer. » Nous le fîmes, et il joua d'aussi bon cœur et tout aussi gaiment que s'il n'avait rien appris au tout. Il médit ensuite qu'on me ferait venir à Paris avec lui, pour y subir uu jugement. Je le pensais de même ; mais je n'en augurais pas, à beaucoup près, aussi bien. Quelques ours après, nous eûmes la visite de trois commissaires qui arrivaient de Paris pour chercher leur victime ; ils nous parlèrent du ton le plus poli, et même le plus mielleux (je n'ai jamais su quel avait été leur motif en cela), nous engagèrent à n'avoir pas la moindre inquiétude, et nous assurèrent que c'était moins un jugement qu'un éclaircissement qu'on désirait. Ils dirent aussi, en réponse à une question de mon père, qu'ils n'avaient aucun ordre à mon égard, et que, quant à son départ, il devait se tenir tout prêt, parce qu'ils viendraient le chercher sous très peu de jours. En effet, le 23 octobre, à cinq heures du matin, je fus réveillé par mon malheureux père qui entra dans mon cachot avec les scélérats qui allaient le faire égorger. 11 m'embrassa tendrement, a Je « viens, mon cher Montpensier, me dit-il, pour te dire adieu, « car je vais partir.» J'étais si saisi qu'il me fut impossible de proférer une parole. Je le serrai contre mon cœur en versant un torrent de larmes. « Je voulais, ajouta-t-il, partir sans « te dire adieu ; car c'est toujours un moment pénible ; mais « je n'ai pu résister à l'envie de te voir encore avant mon dé- « part. Adieu, mon enfant; console-toi, console ton frère, et « pensez tous deux au bonheur que nous éprouverons en nous « revoyant 1 » Hélas ! ce bonheur ne nous était pas destiné !... (Mémoires du duc de Montpensier, p. 80-82.)
If. INTERROGATOIRE DE MADAME ROLAND. 553
(Page 28.)
Interragateire de Mme Roland par le juge David.
(Il brumaire, 1" novembre i793.)
Le juge lui demande son nom, son âge, etc.
R. Marie- Jeanne Phlipon, femme Roland, âgée de trenteneuf ans, née â Paris, demeurant rue de la Harpe.
Interrogée sur Tétat que professait Roland, son mari, avant d'être appelé au ministère et avant le 14 juillet 1789 :
R. Qu'employé depuis plus de quarante ans en qualité d'inspecteur des manufactures, il Tétait encore à l'époque de la Révolution de 1789, et demeurait à la même époque à Lyon, chef-lieu du département où il était employé ; il a continué de l'être jusqu'à la suppression de ladite place, qui a eu lieu à la fin de septembre 1792. A l'époque de la Révolution, il exerçait à Lyon les droits de citoyen ; son civisme reconnu le fit appeler à la municipalité. Il fut député pour les intérêts de la commune de celte ville auprès de l'Assemblée constituante en février 1792. L'objet de sa mission l'a retenu à Paris cinq à six mois, au bout desquels il est allé en rendre compte. La place d'inspecteur se trouvant supprimée peu après cette époque, il revint à Paris pour faire valoir ses droits à obtenir une retraite, et il s'y fixa comme dans un lieu plus convenable pour suivre les travaux littéraires qu'il avait entrepris et dont la suppression de sa place lui laissait la liberté de s'occuper essentiellement. Ce fut dans ce tempslà qu'il se logea rue de la Harpe, appartement qu'il n'a point quitté lorsqu'il fut appelé au ministère, persuadé qu'il pourrait y revenir bientôt.
Interrogée combien de temps Roland a resté officier municipal à la commune de Lyon et quel était, pendant son exercice, le maire de cette commune :
Appelé d'abord comme notable, porté bientôt à la place
d'officier municipal, a dit ne point se rappeler précisément le temps qu'il a été officier municipal, et que le maire de la municipalité d'alors s'appelait Vitet, médecin.
Interrogée si, depuis la formation de la Convention nationale, elle n'a pas reçu habituellement chez elle les nommés Vergniaud, Guadet, Gensonné, Duprat* Duperret, Carra, Fauchet, Silleri, Brissot, Fonfrède, Ducos, Barba roux, Biroteau, Buzot, Salles, Louvet, Lehardy, Mainvielle, Dufriche-Yalazé et autres, connus sous la dénomination de girondins, brissotins, etc., et si, dans les différentes conférences qui ont eu là lieu, il ne s'y est pas agi de la force départementale et des moyens d'en exécuter l'envoi :
A répondu qu'elle n'a reçu personne chez elle sous les dénominations indiquées dans l'interrogatoire ; qu'elle n'a jamais eu chez elle ni cercle ni conférence ; que son mari recevait chez lui à table, un jour par semaine, les ministres ses collègues, quels qu'ils fussent, quelques-unes de ses anciennes connaissances et les personnes qui, sachant qu'il était chez lui ce jour-là, venaient le visiter. De ce nombre se sont trouvés quelquefois Brissot, Pétion, Buzot, avec lesquels il s'était lié dans le temps de l'Assemblée constituante ; quelquefois aussi Barbaroux, qui avait été député de Marseille dans le temps de son premier ministère et qui, comme tel, avait fait sa connaissance, de même que Louvet, en qualité d'homme de lettres et qu'il connaissait aussi précédemment. 11 fit aussi connaissance, dans le temps de son premier ministère, avec Guadet et Gensonné qui venaient également le voir lorsqu'ils étaient à la Convention. Ces personnes ont quelquefois amené divers de leurs collègues ; mais qu'elle n'a jamais vu Silleri, Fauchet, Ducos, Fonfrède, Biroteau, Lehardy, Mainvielle et fort rarement les autres personnes qu'elle n'a pas nommées plus haut; qu'elle a entendu parler non pas en conférence, mais en conversation très publique des différents objets dont l'Assemblée s'occupait alors et qui intéressaient la chose publique.
Avons observé à la répondante que la question par nous à