IL INTERROGATOIRE DE MADAME ROLAND
des personnes qui étaient nos amis communs. Je n'avais pas d'ailleurs beaucoup de choix à faire dans l'Assemblée en ce moment pour charger quelqu'un, à qui je ne fusse pas tout à fait étrangère, de ce qui pouvait m'intéresscr; quant aux lettres subséquentes, elles font l'effet de l'intérêt même et de la franchise avec lesquels Duperret m'avait répondu.
A elle observé qu'il résulte évidemment de la réponse qu'elle vient de faire qu'elle avait des relations et qu'elle partageait les principes des mandataires infidèles du peuple, en rébellion ouverte à cette époque et conspirant, dans les départements du Calvados, de l'Eure et autres, la perle de la République :
A répondu qu'au 1er juin , époque où elle a été mise en arrestation et s'est adressée à Duperret, il n'y avait ni révolte, ni conspiration ; que, toujours détenue depuis cette époque, elle n'a pu avoir sur les personnes qui lui étaient précédemment connues que des sentiments conformes à ceux qu'ils lui avaient d'abord inspirés par leur amour pour la liberté.
Interrogée de nous nommer les personnes qu'elle nous a dit, par le précédent interrogat, être les amis d'elle et de Duperret :
A dit que c'était particulièrement Barbaroux.
A elle demandé s'il est à sa connaissance que son mari, avant son ministère, ait été nommé membre du Comité de correspondance des Jacobins :
A répondu que oui.
A elle demandé si ce n'était pas elle qui faisait la rédaction des lettres que Roland, comme membre du Comité de correspondance, était chargé de proposer à ce comité :
Je n'ai jamais prêté mes pensées à mon mari, mais il a pu quelquefois employer ma main.
A elle demandé si, lors du ministère de Roland, celui-ci n'a pas établi un bureau sous le nom de bureau d'esprit public et si elle n'était pas la directrice de ce prétendu bureau d'esprit dont le but était évidemment d'attaquer l'opinion pu-
blique dans sa source la plus pure et d'amener par là la division des esprits et le déchirement de la République :
À répondu que, jamais à sa connaissance, aucun bureau sous cette dénomination n'a été établi par Roland, affirme en outre que jamais elle [ne] s'est mêlée de la direction d'aucun ; elle sait seulement qu'un décret de la fin du mois d'août chargeant le ministre de l'intérieur de répandre des écrits utiles, Roland avait affecté à quelques commis le soin de les expédier. Elle sait qu'il appelait cela lui-même la correspondance patriotique ; elle sait que Roland mettait du zèle à l'observation d'une loi qui devait répandre l'amour et la connaissance de la Révolution ; elle sait qu'il désirait concourir au maintien de l'ordre et de la paix et que ses propres écrits respirent ce sentiment.
A elle observé qu'elle veut continuellement déguiser la vérité ; car il est de notoriété publique que ce bureau existait sous le nom de bureau d'esprit public et que même cette dénomination était inscrite au-dessus de la porte dudit bureau, et qu'elle n'était pas assez étrangère aux opérations de son mari pour ignorer elle-même ce que tout le monde savait ; que vainement, d'ailleurs, elle prétendrait vouloir justifier les intentions de Roland à cet égard, puisqu'une fatale expérience a appris à toute la République que la correspondance dé cette nature, entretenue par ce ministre perfide, a eu pour objet principal d'appeler sans cesse et à grands cris la force départementale à Paris et de répandre contre les représentants fidèles du peuple des calomnies aussi atroces qu'elles étaient absurdes.
On insiste sur ce point : on y veut voir le principe de l'insurrection des départements pour en rendre Roland res* ponsable :
A répondu qu'elle s'honore au contraire de rendre témoignage à la vérité, qu'elle est prête à le faire sur tout au péril de la vie ; qu'elle n'a jamais vu l'inscription dont on lui