‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 436 sur 451 · II. INTERROGATOIRE DE MADAME ROLAND · texte numérisé non relu

II. INTERROGATOIRE DE MADAME ROLAND

parle; qu'elle n'a pas entendu employer à Roland cette dénomination; qu'elle a même remarque dans le temps où elle se répandait dans le public, qu'elle n'était point portée dans les états imprimés des bureaux du département de l'intérieur; quant aux attributions faites à Roland de vouloir corrompre l'esprit public, elle n'y oppose que deux faits : le premier, les écrits mêmes de Roland et la doctrine qu'ils renferment ; le second, le défi d'en citer aucun envoyé par lui qui ne soit conforme aux meilleurs principes, et le soin de faire expédier avec une égale fidélité tout ce qui était imprimé par ordre de la Convention nationale; ce qu'il est aisé de vérifier et ce qui constatera son exactitude à faire parvenir les opinions des membres de l'Assemblée qui passaient pour être le plus en opposition.

A elle demandé à quelle épo |ue Roland a quitté Paris et si die sait où il est allé et où il est :

A répondu qu'elle le sache ou non, elle ne doit ni ne veut le dire.

A eHe observé qu'à moins de se mettre en rébellion ouverte contre la loi, une accusée doit à la justice compte de la vérité ; qu'au surplus, dans cette dernière réponse, elle vient de manifester de plus en plus l'intention où elle est de déguiser sans cesse la vérité ; mais qu'elle sache au moins que la vérité perce à travers même ses mensonges :

A répondu qu'une accusée doit compte de ses faits et non de ceux des autres ; ajoute que si , durant quatre mois, Roland n'eût pas inutilement sollicité l'apurement de ses comptes, il n'aurait pas été dans le cas de s'absenter et elle ne serait pas dans le cas de taire sa résidence, en supposant qu'elle lui fût connue.

A ajouté qu'il n'est pas de loi qui oblige à trahir au nom de la justice les premiers sentiments de la nature.

A elle demandé si elle a fait choix d'un conseil :

A répondu qu'elle a fait choix du citoyen Cliauveau.

(Archives, W 294, dossier 227, pièce 29.)

(Page 30.)

Lettre île Mme Mohuril à L*u*e Buperret.

Je vous dois mille remerciments, brave citoyen, des sentiments que vous me témoignez et surtout des excellentes choses dont vous me faites part. Mes amis et ma patrie sauvés, que m'importe le reste? Dès que les premiers sont en sûreté et que. la majorité des départements, jugeant l'état des choses, se dispose à l'améliorer, je n'ai plus d'inquiétude ni de regrets ; — je suis ficre d'être persécutée dans un moment oîi l'on proscrit les talents et l'honnêteté. Assurément, je suis plus tranquille dans les fers que ne le sont mes oppresseurs dans l'exercice de leur injuste puissance. J'avoue que le raffinement de cruauté avec lequel ils ont ordonné ma mise en liberté, pour me faire arrêter de nouveau l'instant d'après, m'a enflammée d'indignation. Je n'ai plus vu jusqu'où pourrait se porter leur tyrannie; je me suis hâtée de faire prévenir tous ceux qui prennent à moi quelque intérêt, non que je crusse qu'il y eût rieu à faire, ni que mon courage s'étonnât de rien, mais afin que' les attentats fussent connus et que mon sort ne restât pas ignoré.

Je sais que le ministre de l'intérieur a signé une lettre qu'on lui a fait écrire pour l'administration de police, la* quelle a répondu qu'elle n'avait agi que par ordre du comité de sûreté générale de la Convention. C'est une manière de s'entendre et do s'étayer pour la dispense de toute forme, et pour éloigner les réclamations. Je n'ai pas envie d'en adresser à personne, car je ne veux pas m'avilir. J'attendrai ma liberté du retour du régime de la justice et, digne de la bonne fortune, je ne m'abatterai pas dans la mauvaise.

Les nouvelles de mes amis sont le seul bien qui me touche. Vous avés contribué à me le faire goûter. Dit&-leur que la connaissance de leur courage et de tout ce qu'ils sont cipa-

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