VI. — LETTRE DU JEUNE CUST1NE A SON PÈRE
résolution dans la décision des autres objets bien autrement importants sur lesquels vous provoquez leur réponse. Les misérables objections de Beauharnois ont fait décider la suspension des mesures arrêtées et le comité est tellement distrait et dominé par des considérations de l'intérieur que l'évidence même présentée par vous auroit peine à le déterminer. Quand je vous ai exhorté à ne pas venir encore, je cédois à des considérations vrayes, mais qui ne sont que secondaires.
Aujourd'hui je pense que votre voyage est indispensable et que rien ne peut aller qu'en vous abouchant avec le comité de salut public. Ce comité hésite à vous autoriser. J'en ai parlé avec force à un de ses membres, et je crois qu'hier le comité a dû s'occuper de tous ces objets. J'aurois peut-être pris sur moi d'aller moi-même au comité demander à leur faire qnelques observations sur le plan d'opérations; mais il vaut mieux que vous seul leur parliez avec force sur cet objet décisif. Je me suis borné pour renforcer votre lettre à envoyer copie d'une réponse de Ducliàtelet à Beauharnois qui renferme une excellente réfutation de son mémoire, prise encore dans un autre sens que le vôtre et que Duchâtelet a eu le bon procédé de m'envoyer. J'y ai joint une lettre dans laquelle j'insiste principalement sur ce que les Autrichiens n'étant pas apparemment disposés à suspendre l'attaque de Valenciennes et de Condé, la suspension prononcée par le comité des moyens d'opérer reconnus indispensables, seroit un jugement définitif, destructeur de toute espérance de succès et menaçant pour l'existence même de la République. Tout cela sera lu ou doit l'avoir été hier; et j'ai ajouté verbalement au même député que je craignois bien, si l'on refusoit de vous entendre et de vous satisfaire, que vous ne fussiez contraint, même par devoir, à déclarer que puisqu'on vouloit laisser prendre Condé et Valenciennes, tout autre seroit aussi propre que vous à conduire une campagne aussi désastreuse!
Je ne veux ajouter qu'un mot : c'est pour vous prier au nom de vos vrays intérêts et surtout de la supériorité im-
mense que vos faits militaires vous donnent sur tous vos prétendus concurrents de conserver dans toutes ces controverses les plus grands ménagements pour les personnes et particulièrement pour Beauharnois. L'opinion pnblique ne vous en replacera que plus sûrement à voire véritable place ; et plus on est supérieur aux gens, plus il est nécessaire, utile et facile d'être généreux envers eux.
J'ai écrit selon vos désirs à ma sœur pour la prévenir de votre arrivée prochaine et probable.
Cette lettre qui n'est pas au dossier de Custine se retrouve pourtant dans les cartons du tribunal révolutionnaire (Archives, W 175, pièce 17).
Pourquoi n'a-t-cllc pas été produite au procès?
À-t-on craint que le Comité de salut public pût paraître au moins afttant que Custine, responsable de la perte de Cohdé et de Yalenciennes?
(Page 356.) Extrait d'une lettre d'un émigré à Bernard d'Atone.
Coblents, le 25 novembre 1791.
Je m'étais imaginé trouver ici une cour avec une contenance qui convient à des gens éprouvés par deux ans d'infortune, c'est-à-dire un ton de dignité que le malheur ne peut abattre.
Je pensais que, tout occupé de grandes combinaisons politiques, on avait banni pour jamais les intrigues, les menées sourdes et surtout l'influence funeste des femmes, charme des sociétés, mais, etc.. Je n'ai encore aperçu que légèreté et inconséquence, des prétentions exagérées, des manières frivoles, chacun occupé de soi-même, personne de la chose publique; une ambition démesurée, des disputes pour les rangs, l'autorité divisée en plusieurs mains, flottante au gré