CUSSY
de sa pétition et propose de passer à l'ordre du jour, c'est-à-dire de n'y avoir aucun égard. Il lit le décret qui l'a ainsi ordonné. Cette ligne était pour lui le coup de hache. Il poursuit sa lecture du même ton, sans éprouver, ou au moins sans laisser paraître la moindre affectation. La lecture finie, il dit d'un ton tranquille : « A « la bonne heure ! ce sera pour demain ; j'ai la nuit « pour mettre ordre à mes affaires. » Après ce peu de paroles, il embrasse celui des assistants qui était le plus voisin de lui et qu'il connaissait de longue date ; par une sorte de mouvement sympathique, chacun de nous l'embrasse à son tour; il remercie avec émotion et ajoute : « Chers camarades, vous consolez mes derniers mo- « ments, c'est comme la mort de Socrate : mais il ne « nous sera pas permis de discourir philosophiquement « ensemble jusqu'à l'arrivée de la ciguë. > Il achevait à peine, qu'un guichetier vient le saisir au collet pour le conduire dans la loge des condamnés1 .
Notons pourtant que l'ordre du jour de la Convention est du 24 brumaire au matin, qu'il fut transmis au tribunal le même jour, et que le jugement d'identité et l'exécution eurent lieu le 25'. Y a-t-il aucun journal qui ait reproduit alors les délibérations de l'Assemblée le même soir? Ce n'est pas le Moniteur assurément, qui ne les donne communément que le surlendemain. La mise en scène du comte Beugnot est rendue un peu suspecte par ce rapprochement. Pour Gilbert des Voisins comme pour Cussy, le tribunal n'eut point à le juger. 11 ordonna sans débats, sur la requête de l'accusateur