LE GÉNÉRAL HOUCHARD
L'arrestation de Custine avait ému vivement Houchard. C'est lui-même qui venait de prendre sa place. Il avait été, par décret du 1" août, transféré du commandement de l'armée de la Moselle au commandement des armées du Nord et des Ardennes. Or, à peine arrivé à son poste, il avait vu Billaud-Varennes, survenant tout à coup, le traiter en suspect, faire arrêter en une seule nuit vingt-deux adjudants généraux, et enlever les registres d'ordres et correspondances pour les soumettre au Comité de salut public. Cela regardait son prédécesseur plus que lui; mais dès lors son esprit était frappé, et quand il apprit la mort de Custine, il ne put s'empêcher de s'écrier: « C'est donc un parti pris, on veut guillotiner tous les généraux. — Et toi aussi, on te guillotinera si tu nous trahis, » ditLevasseur, délégué par la Convention auprès de son armée. — C'est Levasseur qui le rapporte dans ses Mémoires, et il y devait aider bientôt pour sa part dans le procès1.
C'est pourtant alors que Houchard gagna la bataille d'flondschote.
Carnot lui avait écrit (28 août) : c Sauvez à tout prix DunkerqueetBergues*; > et il les avait sauvées. Ce résultat obtenu, on aurait voulu davantage. On regrettait qu'il
1. Mémoires de Levasseur de la Sarthe, t. n, p. 46. On peut voir par tout son récit de quelle façon les représentants du peuple traitaient les plus braves généraux.
2. Legros, La Révolution telle qu'elle est, ou Correspondance inédite du Comité de salut public, t. H, p. 190 : « II faut sauver avant tout Bergues et Dunkerque, parce qu'il faut sauver avant tout l'honneur de la nation qui est là. Portez-y des forces immenses; que l'ennemi soit chassé de la Flandre maritime, qu'il en soit chassé & quelque prix que ce puisse être ! C'est le moment» citoyen général, de justifier le choix gtotieux que la nation a fait en vous confiant le commandement de sa principale armée, et nous espérons que vous ne démentirai pas la haute réputation que vous ont méritée vos talents et vos vertus républicaines. * (L. Carnot, 28 août 1793.)
n'eût pas enveloppé l'armée ennemie. Mais Houchard, dans le rapport qui rend compte des opérations du 6 au 8 septembre, jour de la victoire, avait montré combien il était difficile de poursuivre et d'envelopper l'ennemi dans un pays tout coupé de canaux1. Aller plus loin, c'eût été peut-être remeltre en question le résultat capital que Carnot lui avait prescrit d'atteindre et qu'il avait obtenu ; et le Comité paraissait avoir accueilli ses raisons. Carnot lui écrivait :
Le Comité s'en repose sur votre courage et vous invite aux mesures les plus vigoureuses. Tombez en masse sur les ennemis, profitez de l'énergie française et de la juste confiance que vous avez inspirée aux troupes que vous commandez*.
Mais les représentants du peuple à l'armée tenaient à faire croire que, si on les eût écoutés, le succès eût élé bien autre chose, et que dans ces conditions la victoire itait une trahison.
Ils écrivirent donc :
Arras, 26 septembre 1793.
Le général Houchard et son état-major sont coupables, aux yeux de l'homme le moins pénétrant, de n'avoir pas profilé des victoires que les braves soldats de nos armées ont remportées malgré les ordres perfides de l'état-major qui ne s'est pas même conformé au plan arrêté et qui avait tout combiné pour une déroute. Il est suspendu et mis en arrestation.
Et pour justifier devant le public étonné cette arrestation d'un général au lendemain d'une victoire, ils ajoutaient à leur annonce ce mensonge :
Nous avons trouvé sa correspondance avec les princes étrangers. Il en résulte que nos armées étaient confiées à