Séance du 3 brumaire (24 octobre 1793). Moniteur du
devant le tribunal révolutionnaire pour y être jugé sans délai1.
Son interrogatoire devant lejugequi instruisit l'affaire (1 5 brumaire, 5 novembre) fait bien voir à quels caprices était livré le sort de nos généraux.
On lui demanda ses noms, etc.
A répondu se nommer Jean-Nicolas Houchard, soldat de la République française, âgé de 53 ans, né à Forbach, département de la Moselle.
D. Quels sont les grades que vous avez obtenus dans les différentes armées de la République ?
R. J'ai eu depuis le grade de soldat jusqu'à celui de général, que j'ai accepté malgré moi.
D. Vous avez trahi vos devoirs, vous avez tramé la perte de votre patrie.
R. Je n'ai ni trahi mes devoirs, ni tramé la perte de ma patrie ; au contraire, aucun général ne Ta défendue avec autant de courage et de probité que moi ; et les soldats de la République ont toujours battu les ennemis sous mon commandement.
Pourquoi entreteniez- vous une correspondance par lettres avec les chefs de cette horde d'esclaves armés pour détruire notre liberté ?
R. Je n'ai jamais entretenu de correspondance avec les ennemis de la République, que celle que j'ai été obligé, par mon état, de correspondre avec les généraux des satellites des despotes, ou pour la communication des prisonniers de guerre dont les pères et mères m'envoyaient souvent des lettres pour faire passer à leurs maris, à leurs enfants, et de l'argent. Beaucoup de ces lettres m'ont été adressées par le ministre de la guerre et ses adjoints; et presque toutes les lettres que j'ai reçues des généraux ennemis et que je leur ai écrites ont
4. Coll. du Louvre, n* 1786, t. XVI, p. 311. L'arrestation de Houchard avait été suivie d'une proclamation violente des représentants Élie Lacoste, Peyssard et Hents 1 l'armée, sur sa prétendue trahison (Archives, W 296, dossier 250, pièce 45).
LE GÉNÉRAL HOUGHARD. 87
été vues par les représentants du peuple à l'armée, parce que je n'avais rien à cacher pour eux et que toutes mes opérations leur étaient connues. On peut d'ailleurs voir cette cor. respondance dans mon registre aux minutes.
D. Pourquoi n'avez -vous pas découvert les trames de Custine, lorsque voua étiez dans son armée ?
R. Je n'ai jamais pu découvrir la moindre chose de Custine, parce que je commandais l'avant-garde, et j'étais quelquefois deux ou trois mois sans le voir.
On lui allègue ce mot de Custine lui recommandant d'amener le plus de prisonniers qu'il aurait pu :
Ce sont des Prussiens , il ne faut pas tout tuer; mais quant aux Autrichien et aux Hessois, je vous les abandonne. Vous pouvez en faire chair à pâté.
R. J'ai montré Tordre de Custine aux représentants du peuple Monteau et Soubrany, et c'est moi qui leur fis remarquer cette phrase extraordinaire qui ne me paraît qu'une haine contre les Autrichiens et les Hessois; et Custine connaissait assez [trop] mon patriotisme et mon dévouement pour la République pour me faire entrevoir le moindre soupçon sur son compte ; j'aurais été son dénonciateur.
D. Pourquoi à l'affaire d'IIondscoote, commandant alors l'armée du Nord, avez-vous abandonné nos bataillons et les suites de la victoire de cette journée célèbre par la valeur de nos soldats?
R. Je n'ai point abandonné les bataillons, puisque j'ai resté constamment avec eux, que moi-même j'ai porté les bataillons au delà de la ville d'Honsdcoote sur le chemin par où les ennemis s'étaieht Retirés.
D. Pourquoi n am-vous pas fikit prisfttttoièfle toute l'attirée anglaise et hollandaise?
R. Si je l'avais pu je l'aurais fait et je me ïéserviè encore de vous montrer pourquoi je n'ai pu te foire.
D. FofflrqttM aVfcz-voùs Voûta livrer la vilte tfe ïtouai fttti ennemis?
R. Je n'ai jamais eu l'intention de livrer même une chaumière à l'ennemi sans la défendre vigoureusement. Le fait est très faux et je me réserve de le prouver encore.
Les divers griefs qu'il a réfutés restent la base de Pacte d'accusation ; et les témoins y ajoutèrent d'autres imputations qui étaient des outrages. Le représentant du peuple Levasseur, dont nous avons parlé, voulaitlui enlever l'honneur même de sa victoire d'Hondschote pour la rapporter à un corps de 300 gendarmes.
Ce sont de pareils soldats, ajoutait-il, qui gagnent des batailles et non des généraux qui se cachent derrière des haies, ainsi que j'ai vu moi-même l'accusé, en revenant do la colonne avant la fin du combat.
« — J'ai fait dix campagnes, s'écria Tac usé avec indignation, j'ai reçu un coup de fusil à la figure qui m'a traversé de part en part ; j'en ai reçu un autre à la cuisse et un à la jambe. Certainement, quand on se cache derrière les haies, on n'est pas exposé ainsi1. »
L'interrogatoire public se passa de la sorte, en critiques violentes de ses campagnes ; mais, pour le trouver battu, on en était réduit, comme le représentant Élie Lacoste, à le rendre responsable des échecs subis par les garnisons de Cambrai et de Bouchain, auxquelles il avait donné ordre de harceler l'ennemi par des sorties. Houchard avait composé pour sa défense une harangue qui respirait, dit Beugnot, une éloquence sauvage et surtout l'indignation d'un grand courage : c'était le Ma ri us des marais de Minturne*. » Au dernier moment, se défiant de