LE GÉNÉRAL HOUCHARD
lui même, il le fit remanier par un avocat. Mais le général reparut dans (ouïe sa hauteur, quand le président Dumas osa l'accuser d'être un lâche :
c A ce mot, qui commençait le supplice du vieux guerrier, il déchira ses vêtements et s'écria en présentant sa poitrine couverte de cicatrices : «Citoyens jurés, lisez ma « réponse, c'est là qu'elle est écrite ; » et il retomba sur le fatal fauteuil, abîmé dans ses pleurs : c'étaient les premiers peut-être qui s'échappaient de ses yeux. Dès lors on put le juger, leconduire ausupplice, l'assassiner : il ne s'apercevait plus de ce qui se passait autour de lui. Il n'avait plus qu'un sentiment dans le cœur, celui du désespoir, et qu'un mot à la bouche qu'il répéta jusqu'à l'échafaud : Le misérable! il m'a traité de lâche l et lorsqu'en descendant on lui demanda quelle était l'issue de son affaire, il répondait : // m'a traité de lâche1 /» — Tout le reste n'était rien pour lui.
Du Lac, dans son Glaive vengeur, ne manque pas de donner le coup de pied de l'âne au vieux lion abattu. « Phèdre, dit-il, a eu raison de dire : Ne sutor ultra crepidam. Houchard existerait encore s'il n'avait pas eu la sotte et orgueilleuse ambition d'être général d'armée, et si, l'étant devenu, il n'avait pas joint à l'impéritie la bassesse infâme de se laisser corrompre par l'or de Pitt et de Cobourg (P. 136). » Rien de pareil n'avait été allégué par l'accusateur public ; mais c'était toujours bon à dire pour ameuter le peuple contre le condamné.
Le Moniteur résume ainsi son jugement :
« Du 26 brumaire. Jean-Nicolas Houchard, âgé de
1. Mémoires du comte Beugnot, t. 1, p. 191-193. Cf. La Terreur, t. II, p. 225. 11 lut exécuté le lendemain de sa condamnation (Archives AF h, 48, n° 77). Dans son jugement (Archives, n* 296, dossier 250, pièce 65), la date est oubliée.
55 ans, natif de Forbach, commandant général de l'armée de Moselle, ensuite de celle du Nord, convaincu d'être Fun des auteurs ou complices des manœuvres et intelligences pratiquées et ménagées avec les ennemis de la République pour faciliter leur entrée en France et favoriser les progrès de leurs armes — [formules générales], — notamment dans les mois de juin et juillet 1793, à l'armée de Moselle, commandée pour secourir Mayence — [on en avait rendu Custine responsable, et on l'avait, lui Houchard, après la prise de Valenciennes, nommé, en remplacement de Custine, au poste le plus considérable, au commandement de l'armée du Nord, le 1er août] — et dans le mois de septembre dernier pour secourir Dunkerque — [il avait sauvé Dunkerque et gagné la bataillede Hondschole!] — a été condamné à la peine de mort, et ses biens déclarés acquis et confisqués au profit de la République. Il a subi le jugement, le soir, sur la place de la Révolulion1. »
La condamnation de Houchard donna lieu au sein de la Convention à un débat où l'odieuse avidité quise mêlait à la soif du sang dans l'œuvre du tribunal révolutionnaire se manifesta sans voile et se traduisit en propositions dont l'adoption reste la flétrissure de cette assemblée. Il faut reproduire cette scène :
Montaut. Je demande à faire une motion d'ordre. Citoyens, le jour que Houchard fut condamné à mort pour avoir trahi la patrie, le tribunal révolutionnaire m'a fait plusieurs observations qu'il est important que la Convention connaisse. Houchard, poursuivi par les remords, et sentant bien qu'il était criminel, tenta de se détruire la nuit qui précéda sa condam-