‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 70 sur 451 · Ibid., pièce · texte numérisé non relu

Ibid., pièce

3. lbid.t pièce 26. Ce mémoire doit être de lui ; il est, comme on en peut juger par la comparaison de la pièce précédente, écrit par sa femme, probablement sous sa dictée.

TMBU 1ÉVOL. II 7

quoique dans un enclos, est cependant à la portée de tout le monde et exposée à tous les yeux ;

Secondement, sur sa longue absence de chez lui ;

Troisièmement sur ce qu'il n'a aucuns grains à sa disposition, et qu'il défie ses dénonciateurs de soutenir et de prouver qu'il ait acheté un seul grain;

Quatrièmement, sur les différentes visites qui ont été faites chez lui à différentes époques.

Il se permettra de plus une réflexion. Comment le soupçonner d'un délit de ce genre, sans aucun objet? Quoi ! il aurait été follement jeter du bled pour le faire pourrir, dans un bassin pavé et où on ne peut enfouir, et où par conséquent il était à parier que le délit se découvrirait tôt ou tard dans une eau claire et limpide ; situé dans un lieu où tout le monde pouvait voir surnager les grains, ou au moins le son après la première décomposition de ces grains ; où on devait naturellement apercevoir les germes qu'aurait dû produire ce grain peu de temps après avoir été jeté dans l'eau et mêlé avec la terre et la boue qui devait naturellement s'y trouver !

Enfin pour un objet aussi nul pour le but qu'on suppose ; car que pouvait faire la destruction de quelques sétiers de bled pour un but aussi coupable que celui d'affamer le peuple? et comment peut-on croire qu'un homme raisonnable, quand même il aurait eu des vues aussi atroces, eût imaginé un aussi petit moyen et l'ait employé ? En vérité cette allégation est si absurde qu'elle tombe d'elle-même, à bien plus forte raison vis-à-vis d'un citoyen qui s'est toujours montré l'ami des lois de son pays, qui y a toujours été soumis sans qu'on eût le moindre reproche à lui faire à cet égard, et qui, dans un âge avancé, n'était occupé qu'à faire paisiblement, au milieu de sa famille, des vœux pour le bonheur de sa patrie. Il ne peut donc croire qu'il y ait eu un délit; s'il y en a eu un, il ne peut en être responsable ! Il ignore d'où et par qui il a pu être commis ; il ne croit aucun de ceux qui étaient attachés à sa maison capable d'une telle noirceur. S'il les en eût même crus capables, il leur aurait retiré sa con-

UYERDY. 99

fiance. Il les a toujours vus1 vivre en honnêtes citoyens et, sans prétendre répondre de co qu'ils ont pu faire, il leur doit ce témoignage de déclarer qu'il les croit incapables d'une telle action.

Mais il est impossible que la justice veuille rendre le citoyen Lavardy [responsable] de ce que la malveillance, la peur, l'erreur, le hasard, peuvent avoir occasionné dans sa propriété dont il est absent depuis si longtemps. Il espère donc que, son innocence reconnue, ses juges déclareront qu'il n'y a pas lieu à accusation contre lui, et qu'il recouvrera la liberté qu'il n'a perdue que par un soupçon que l'examen approfondi de son innocence va éloigner de lui.

Il n'en fut pas moins renvoyé devant le tribunal. L'interrogatoire que Lanne lui fit subir, le 19 brumaire, roule sur les mêmes faits : la maison de campagne, le bassin avec sa boue où Ton a trouvé des grains de blé. Mais à ces questions auxquelles Laverdy répond de la façon la plus péremptoire, s'en joint une autre, où se révèle le véritable intérêt du procès. Le juge lui demande quelle était sa fortune quand il cessa d'être contrôleur général et ce qu'elle est maintenant. L'honnête Laverdy entre dans tous les détails, comple son avoir, l'apport de sa femme, les successions qu'ils ont recueillies : son domaine de Neuville, qui a coûté 400 000 francs et qui en vaut le double; sa terre du Pin du Fou en Vendée, où il a mis toutes ses rentes, et qui, il est vrai, depuis l'insurrection ne lui rapporte plus rien ; ses maisons de Paris : au total, quatorze cent mille francs environ. — Quatorze cent mille francs! n'était-ce pas assez pour prouver qu'il y avait du blé dans cette boue, et que cette boue n'était que du blé gâté dans le dessein d'affamer le peuple français?

1. Il avait écrit regardé comme. Le mot comme est surchargé et regardé non effacé.

Rien n'égale l'indignation de l'accusateur public devant un pareil crime :

Examen fait des pièces, dit-il, il en résulte que les féroces ennemis de la République s'agitent en tous sens, et emploient les moyens les plus barbares pour assouvir leur rage, boule* verser l'égalité et la liberté qui leur rongent le cœur, et réduire au désespoir cette précieuse portion de citoyens, à qui ils veulent ravir les aliments de première nécessité, parce que leur constance et leur courage les font continuellement triompher des complots qu'ils Irament sans cesse pour pouvoir se baigner dans leur sang, s'ils parvenaient à leurs fins. Mais qu'ils frémissent, les monstres! L'œil vigilant des amis du peuple les suit jusqu'au fond de leurs repaires, et ne se fermera que quand le dernier aura payé de sa tète le prix de ses forfaits1. "•

C'est le 3 frimaire (23 novembre) qu'il comparut devant le tribunal.

Une des preuves que Ton donnait que la boue du bassin de Gambais étail du blé corrompu, c'est qu'un de ces officiers municipaux, boulanger de son état, et témoin au procès, en avait fait une espèce de pain et que les chiens n'en avaient pas voulu manger*!

Mais quand cette boue aurait été véritablement de la pâte, il aurait fallu prouver qu'elle provenait du fait de Laverdy. L'accusé reprit quelques-unes des raisons déjà exposées dans son mémoire :

J'observe au tribunal et aux citoyens jurés, dit-il, qu'il est de toute impossibilité que j'aie pu faire jeter du blé dans le bassin dont parle le témoin, puisque je n'en avais point en ma possession ; d'ailleurs, je prie le citoyen président de vou-

Page 1