‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 72 sur 451 · Ibid., n- 99 et 100, p · texte numérisé non relu

Ibid., n- 99 et 100, p

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depuis plus de deux ans1! — et ses biens confisqués. C'est bien lui qui en entendant sa condamnation pouvait dire comme ce Romain dans les proscriptions de Sylla : « Malheureux! c'est mon beau domaine qui m'a perdu*. »

Le général Lamarlière.

L'affaire de Laverdy nous a révélé l'esprit du tribunal, et combien il était difficile d'échapper à ses coups lorsqu'on était riche. Une des grandes causes qui suivent le plus près nous montre l'indiscipline que l'esprit de secte répandait dans les armées, et combien il était mal aisé au meilleur général de sauver sa tête, s'il n'élait pas suffisamment jacobin.

C'est le procès de Collier-Lamarlière, un des principaux lieutenants de Custine. Custine lui avait donné, avec le commandement de la première division de l'armée du Nord, l'autorité supérieure sur les garnisons de Douai et de Lille : ce qui lui subordonnait le général Favart, du même grade, commandant à Lille : de là, des conflits auxquels le général Favart avait eu d'abord la pensée de se soustraire, en priant le minisire de la guerre de le transférer à Metz5. 11 fui maintenu à Lille par le Conseil exécutif, et l'arrêté qui lui conservait le commandement de la place, sous les ordres de Custine,

1. Voir sa défense aussi nclle que concluante; il l'avait écrite, et clic est restée dans son dossier. (Archives, W ^97, dossier 267, pièce 27.) Elle a été donnée par M. Campardon, t. I, p. 192.

2. Q'/Lot Tcttas, «cwe* Stûxet fit rôev'AASavâ xàpiov (Plutarque. Sylla, 51).

3. Lettre de Favart à Bou choit e, ministre de la Guerre, Lille, 7 juin 1793. (Archives du ministère de la Guerre, dossier Custine).

prescrivait au général Lamarlièrc de né requérir de détachement de la garnison qu'autant qu'il resterait au moins quatre mille hommes dans la place (11 juin)1. A la môme date, Custine avait écrit au ministre, insistant pour que Lamarlicre gardât dans son entier le commandement dont il était revêlu. Il alléguait sa responsabilité qui lui donnait le droit de disposer seul des postes de chacun dans son armée :

Pourquoi donc, disait-il avec ce ton impérieux dont il usait à Tégard de Boucholte, pourquoi donc déférer sans mon avis au général Favart le commandement exclusif des troupes de Lille dont était investi le général Lamarlicre?

Il est nécessaire que le général Lamarlière conserve le commandement en chef des troupes qui sont à Lille. Le bien du service l'exige et je le demande instamment, et je soutiendrai l'ordre que j'ai exécuté*.

Bouchotte, qui devait peu goûter ce langage, a-t-il regardé la lettre de Custine comme un refus d'obéir à l'arrêté que pourtant ce général n'avait pas encore reçu ? Toujours est-il que, le 14, il écrit au Comilé de salut public pour lui exposer les raisons de son arrêté et se plaindre du refus de Custine comme d'un acte d insubordination dont il entendait avoir raison en lui enjoignant d'obéir3. On voit déjà comment la cause de Lamarlière devait un jour se lier à celle de son général

1. Archives du ministère de la Guerre, tbid., et Archives nationales, W 297, dossier 276, 2* partie, pièce 3 : • Le général de division Favart conservera le commandement de Lille sous les ordres du général en chef Custine.

i Le général de division Lamarlière pourra requérir qu'il soit mis à sa disposition des corps de détachements de la garnison de Lille ; mais ces réquisitions seront mesurées de manière qu'il ne reste jamais moins de quatre mille hommes dans la place. »

2. Archives de la Guerre, ibid. Archives nationales, /. /., 2e partie, pièce 18,

3. Archives du ministère de la Guerre, ibid. Archives nationales, /. /., 2* partie, pièce 19.

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en chef. De plus, le général Favart avait à Lille des partisans qui devaient travailler par tous moyens contre son adversaire. C'était d'abord le Corse Calandini, capitaine adjudant de la place, ami de Robespierre et aussi de Danton qu'il avait suivi en Belgique1 ; puis le général (marquis) de Lavalelle, qui se vantait d'avoir déjà combattu Bouille et Lafayette et déjoué les plans liberticides de Dumouriez ; nommé à Lille subordonnément au commandant en chef et aux généraux de division, le 14 juin 1793* : c'était un afiidé que Bouchottc avait voulu avoir sur les lieux; et avec Lavaletle, l'adjudant général Dufraisse, l'ami de Pache et de Bouchottc : a envoyé à Lille par le pouvoir exécutif pour y surveiller tous les abus et tous ceux qui s'en rendent coupables, * dit la note à laquelle nous avons emprunté les traits relatifs à Lavaletteet à Calandini.

Dès le 19 juin Calandini avait dénoncé aux Jacobins le général Lamarlière comme étant d'intelligence avec les généraux ennemis3. Une dénonciation aux Jacobins était une dénonciation publique. Lamarlière en fut instruit. Un tel acte de la part d'un homme placé sous son commandement supérieur lui méritait assurément qu'on l'expulsât au moins de l'armée. Lamarlière se contenta de le faire venir devant tout son état-major et

ï. Noie qui parait être du général Favart. Archives nationales l. /., 1" partie, pièce 40.

2. Dans une note postérieure à son installation i Lille comme général de brigade, le général Lamarlière signale ses négligences dans ses fonctions, une entre autres qui avait fait manquer une sortie; des complaisances, son relâchement i l'égard des prisonniers de guerre, et cet acte de favoritisme : il avait fait nommer au grade d'adjudant-major dans un bataillon belge son palefrenier, homme incapable, mais à lui dévoué. Il l'accusait même de n'avoir pas signé son adhésion à la Constitution (Archives nationales, Hrid*f 2* partie, pièce 17).

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