‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 80 sur 451 · Moniteur du 25 juillet · texte numérisé non relu

Moniteur du 25 juillet

2. En remplacement de Gasparin (séance du 27 juillet, Moniteur du 30).

été renvoyé devant le tribunal révolutionnaire, Jean-Bon Saint-André vint faire son rapport à la Convention. C'est toute l'histoire des démêlés de Lavalette, de Dufraisse et de Calandini avec Lamarlière, reprise dans le sens des plaintes de Lavalette et de Calandini ; tous les griefs contenus dans les accusations de ces deux hommes contre leur chef, avec les récriminations contre Lavalette réduites à leur plus simple expression1. Aussi la conclusion était-elle l'entière décharge de Lavalette, de Dufraisse et de Calandini, et la mise en accusation de Lamarlière. Ce qui fut décrété en ces termes :

La Convention nationale décrète qu'il n'y a lieu à aucune inculpation contre les citoyens Dufresse, Lavalette et Calandini ; décrète que le ci-devant général Lamorlière (Lamarlière) sera traduit au tribunal révolutionnaire comme prévenu de complot contre la sûreté générale de la République1.

1. c On reprocha à Lavalette l'excès de sa popularité; on loi fit un crime de ses liaisons, que l'on trouvait su-dessous de la dignité d'un général, et l'on conclut que manger avec des citoyens peu fortunés cachait des desseins ambitieux. Que Lavalette ait fait servir quatre têtes de veau dans un repas de sans-culottes, est-ce là un grief si considérable qu'on doive le punir de n'avoir pas été le complice de Custine et de Lamarlière, et de n*avoir pas hanté la bonne compagnie de Lille, la société de Madame Sta et les Anglais qu'elle rassemble ches elle ? Votre comité ne le pense pas. s

2. Séance du 31 juillet, Monit. du 2 août 1793. Le même jour que ce décret fut rendu, ordre était envoyé de rétablir Lavalette et son adjudant Dufraisse clans leurs fonctions, et le général Favart, chargé de l'exécution, n'eut garde de l'ajourner. Le 3 août il écrivait au ministre de la guerre qu'à la réception de la dépêche il avait sur-le-champ réintégré Lavalette, et que, le lendemain à la parade, il ferait reconnaître l'adjudant général Dufraisse. (Archives, ibid.y 23.) — Dubem, personnellement humilié par le triomphe de Laval elle, ne se tint pas pour battu. Lavalette, arrêté par un ordre du Comité du 13 août [Moniteur du 14), avait été remis en liberté, car on voit Bourdon de l'Oise le signaler, le 19 frimaire, comme le chef des intrigants qui troublent Lille. Le 28, Duhem luimême revient à la charge; il rappelle qu'il y a cinq mois il a remis des pièces au tribunal révolutionnaire contre le général Lavalette et demande qu'il soit transféré à Paris, ce qui fut décrété [Moniteur du 30 frimaire, 20 décembre 1703). — Il passera, en effet, devant le tribunal révolutionnaire, mais avec Robespierre, le 10 thermidor.

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114 GH\P. XVn. — FÉDÉRALISTES, GÉNÉRAUX, ETC.

La condamnation de Gustine fut pour son lieutenant un présage du sort qui l'attendait. Les 1 1 et 14 septembre, il fut interrogé par le juge Àrdouin en présence de Fouquier-Tinville1.

On reprit contre le général les différents griefs contenus dans les dénonciations de Calandfni et de Lavalette, et on lui donna par là l'occasion d'en faire justice. Il affirma qu'il n'avait jamais disputé à Favart le commandement de Lille. C'est Favart et Lavalette qui faisaient tout ce qui était relatif au service de la place. Si les portes de la ville étaient ouvertes trop souvent ou mal à propos, c'est à eux que la faute en incombait.

D. N'a-t-il pas donné plusieurs fois à manger aux officiers ennemis ?

R. Je n'ai vu les ennemis qu'à la pointe du sabre : jamais je n'ai donné à manger à des gens stipendiés pour troubler nos principes.

On lui demande aussi s'il n'a pas ambitionné d'être ministre de la guerre? — Custine en a eu l'idée; mais il déclare que cela n'entrait pas dans ses vues.

Enfin on l'interroge sur ses rapports avec ses deux principaux dénonciateurs :

D. Connoissez-vous les citoyens Calendiny et Lavalette ?

R. J'ai vu le premier cinq minutes chez moi, une seule fois; le second étoit commandant temporaire à Lille lorsque j'y suis arrivé. Je l'avois rencontré à Gand, où il commandoil temporairement. Il vint souper chez moi. Le général More ton me prévint à mon passage à Douai que c'étoit une créature de Duinouriez, que toute sa famille étoit émigrée, et de me

1. L'interrogatoire commencé tell au matin, et renvoyé à l'après-midi, ne fut repris que le 14 à cause d'une indisposition du juge. (Archives nationales, /. /., 3* partie, pièce 30, interrogatoire.)

défier de son prétendu patriotisme. Cet officier m'écrivit de Cambray où il fut passer un mois pendant que j'étois à Lille, et me dit qu'il seroit enchanté de servir sous mes ordres.

D. N'avez-vous pas dit à Calendiny que vous le méprisiez comme la semelle de vos souliers? Ne l'avez-vous pas menacé de le faire déshabiller et de le livrer nud à l'ennemi? Ne lui avez-vous pas dit que si vous le livriez à votre division elle en feroit justice? Enfin ne l'avez-vous pas chassé de chez vous comme un gueux ?

fi. Lorsqu'on vint me remettre le journal dans lequel il étoit dit que Calendiny (commandant de Lille) m'avoit dénoncé à la Société républicaine de Paris, j'écrivis à La Valette pour le prier de m'envoycr cet officier que je ne connoissois pas : il vint peu de temps après. Je lui demandai s'il me connoissoit. Il me dit qu'il m'avoit vu passer pour me rendre au conseil de guerre. J'ajoutai : « N'avez-vous jamais écrit sur mon compte? » il me répondit : « Oui, comme on le doit sur le compte d'un brave général comme vous. » Alors je lui montrai le journal où étoit la dénonciation : il en fat très saisi et me dit que c'étoit sur des ouï-dires qu'il avoit ainsi écrit. Alors j'ajoutai : « Lorsqu'un étranger qui entend et qui parle aussi mal notre langue signe des dénonciations, il devrait être mieux instruit; » que je doutois de leur patriotisme, et que pour s'en assurer on devroit leur arracher le masque pour les livrer nus à l'examen public. Je ne lui ai dit ni tenu aucun des propos dénoncés, et j'en ai écrit au Comité de salut public, le 23 juin, pour m'en plaindre. Le citoyen Gasparin, qui en étoit membre, m'a répondu : ce Méprisez la calomnie, continuez de vous venger en battant les ennemis, » etc. J'ai la lettre chez moi sous les scellés. La dénonciation s'est ébruitée dans toute la division. Je proteste que j'ai contenu l'effet de la sensibilité que les troupes ont témoignée sur la calomnie qui pour la première fois s'éloit dirigée contre moi.

Tout ce qu'il vient de réfuter se retrouvera dans l'acte l'acte d'accusation de Fouquier-Tinville : les portes de

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la ville ouvertes souvent pendant la nuit pour laisser entrer les dépêches; les prisonniers envoyés en trop grand nombre à la citadelle; des trompettes ennemis, supposés espions, introduits sans bandeau ; les difficultés avec Favart pour les mots d'ordre ; le projet de fortifier les trois faubourgs de Lille, au risque de compromettre la défense de la place en étendant les ouvrages à garder; l'artillerie tirée de la ville pour garnir le camp de la Madeleine établi sous le canon des remparts, voilà les faits sur lesquels reposait l'accusation, qui se résumait en ces mots : « complicité de l'accusé avec le traître Cusline. » Ajoutez qu'en examinant c sa conduite comme individu, » on était loin « d'y reconnaître un enfant de la liberté, unapôlre de l'égalité, » lui qui avait osé menacer du bâton « ceux qu'il appelait des dénonciateurs ». — 11 n'avait pas cru, en effet, devoir traiter en égal cet officier patriote qui, de Lille, dénonçait son chef à la Société des Jacobins.

Fouquier-Tin ville voulut pourtantse munir devant le tribunal de nouvelles pièces qui soutinssent l'échafaudage de son accusation contre les retours offensifs du général dont il avait pu constater la vigueur au cours de son interrogatoire. Il n'assigna point Favart, Lavalette, Dufraisse, Calandini,trop impliqués eux-mêmes dans l'affaire, et qui, présents, auraient pu faire mauvaise figure devant le général accusé ; mais il se munit de leurs dépositions et, par exemple, il envoya son acte d'accusation, daté du 12 brumaire, à Favart : et Favart le lui renvoya avec une attestation que tous les fails allégués dans cette pièce étaient vrais1. En même temps on provoquait de la part

1. « Qu'il en est qui me sont personnels et dont la preuve matérielle existe par ma correspondance dont je joins ici les copra certiliées; qu'il en est d'autres

des divers officiers qui avaient servi sous Lamarlière des déclarations où l'on peut voir à quel point l'esprit jacobin avait répandu l'indiscipline dans l'armée. Dufraisse, devenu général, chef de l'armée révolutionnaire du Nord, envoie son témoignage sur cette scène où le général s'était borné à se venger par le mépris des dénonciations de Calandini son subordonné on lui en faisait un crime de lèse-citoyen1. L'adjudant général Merlin dénonçait l'esprit haut et ambitieux de son chef * ; Charbonnier, deuxième lieutenant-colonel du 21e bataillon de la réserve, faisait une déclaration de la même sorte5. Pour en citer une entre toutes, donnons celle du sans- culotte Beauvoisin, adjudant général, que Lavalctte avait fait entrer dans l'état-major de Lamarlière, et l'on verra si c'est contre toute raison que Lamarlière l'en avait éloigné :

Liberté. — Égalité. — Fraternité.

Lille, le 30 brumaire, 2« année républicaine. J'atteste ici, avec toute la bonne foi et la vérité d'un franc républicain, que pendant tout le temps que j'ai été adjoint à l'état-major du ci-devant général Lamarlière, je ne puis pas dire que Lamarlière, en ma présence, ait tramé contre l'indivisibilité de la République. D'ailleurs il ne s'y fût pas frotté ; car lorsqu'il eut connu mon caractère qui lui convenoit fort peu, il me donna l'ordre de partir pour le camp de la Magdeleine, pour y servir sous les ordres de Berru, et j'étois au camp depuis cinq semaines lorsqu'il fut dénoncé par Calan-

dont j'ai acquis la connaissance complète, soit comme témoin, soit par les rapports uniformes et constants qui m'en ont été faits (8 brumaire). (Archives nationales, /. /., 2" partie, pièce 43.) Cf. pièce 41 : Favart à l'accusateur public auquel il envoie des pièces (en vertu du décret de la Convention du 13 brumaire).

1. i" frimaire. Archives nationales, /. /., 2* partie, pièce 38.

1 30 brumaire, ibid., pièce 37.

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