BARNAVE ET DIÎPORT-DUTERTRE
le partisan du despotisme royal, et qu'en toute circonstance il aurait tout sacrifié au devoir. Il retrouva dans sa défense toute la vigueur de son talent, la seule chose qu'il eût alors intérêt à maintenir : car pour sa tête il en avait fait le sacrifice. Il savait que le tribunal ne pardonnait pas à des hommes de sa valeur.
Le procès dura deux jours, les 7 et 8 frimaire (27 et 28 octobre 1793), et occupa quatre séances *. Us furent condamnés tous les deux, et envoyés le même -jour à l'échafaud \ « Les révolutions tuent les hommes, dit Duport-Du tertre ; la postérité les juge 3. »
1. Voici une pièce qui prouve qu'au temps de l'Assemblée législative, il y avait déjà des députés circonvenant les ministres pour leur imposer des nominations et qu'il y avait aussi des ministres sachant leur résister, mais que ce n'était pas sans péril pour ces ministres. Piorry, député de la Vienne, en fit l'objet d'une note qu'il fit pisser en forme de dénonciation à Fouquier-Tinville pendant l'audience du deuxième jour :
« Le ministre de la justice Duporl consulta pendant l'Assemblée législative c toutes les députatious pour nommer les commissaires du cy-devant roy. Celle c de la Vienne ayant été consultée, cinq députés sur sept rejetèrent le nommé c Conneau.
c Du port remercia la députation de la Vienne ; mais à peine est-elle sortie de « chez lui, qu'il nomme celui que la majorité avait rejeté.
c Piorry, alors député, se plaignit amèrement au ministre de ce qu'il avait joué la députation. »
Paris, le 8 frimaire.
Signé : P. F». Piorry.
(Archives, W 298, dossier 285, pièce 48.) La lettre du 31 décembre 1791 jointe au billet (ibid., pièce 47) donnait une explication fort simple. Le ministre avait voulu consulter la députation, mais non lui subordonner ses choix. Piorry ne laisse pas que d'y voir un cas pendable et il ajoute à la fin de son billet :
« Si l'accusateur public le juge i\ propos et essentiel, rien ne l'empêche qu'il reprenne la parole pour lire cette lettre. »
2. Archives, W 298, dossier 285; Moniteur du 10 frimaire (30 octobre 1793).
3. Mercier, t. I, p. 163. L'auteur du Glaive vengeur (p. 141) donne austi celte parole un peu altérée dans la forme, a fiarnave, ajoute -t-il, a porté au supplice une contenance ferme et tranquille. 11 n'a rien dit au peuple et causait avec Duport-Dutertre. »
m CHAP. XVH. — FÉDÉRALISTES, GÉNÉRAUX, ETC.
Kersaint.
Le 14 (4 décembre), c'est un membre, non plus de l'Assemblée constituante, mais des deux Assemblées qui suivirent, un homme qui n'avait jamais caché ses sentiments de royaliste : Àrmand-Guy-Simon Kersaint, ancien officier de marine, ex-député à la Législative et à la Convention.
Dans le procès du roi il avait voté pour l'appel au peuple et contre la mort ; et quand le roi fut condamné, le 18 janvier, le courageux dépulé, montant à la tribune et rappelant ses votes au milieu des murmures :
t Je veux, dit-il, épargner un crime aux assassins en me dépouillant moi-même de mon inviolabilité. Je donne ma démission, et je dépose les motifs de cette résolution entre les mains du président (Murmures) \ »
C'était une lettre ainsi conçue :
Citoyen président, Ma santé depuis longtemps affaiblie me rend l'habitude de la vie d'une assemblée aussi orageuse que la Convention impossible. Mais ce qui m'est plus impossible encore, c'est de supporter la honte de m'asseoir dans son enceinte avec des hommes de sang, alors que leur avis, précédé de la terreur, remporte sur celui des gens de bien; alors que Marat l'emporle.sur Pétion. Si l'amour de mon pays m'a fait endurer le malheur d'être le collègue des panégyristes et des promoteurs des assassinats du 2 septembre, je veux au moins défendre ma mémoire d'avoir été leur complice, et je n'ai pour cela qu'un moment, celui-ci ; demain il ne sera plus temps.