‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 90 sur 451 · Ibid., 2a partie, pièce · texte numérisé non relu

Ibid., 2a partie, pièce

< Citoyen maire,

a La citoyenne Charry, qui a habité la maison de l'ambassadeur d'Espagne i Issy, ayant eu besoin d'aller à Bruxelles pour ses affaires, n'avait pas cru nécessaire de demander un passeport pour un pays qu'elle regardait comme une province de France, et qui, d'ailleurs, est à peu de distance des frontières et des armées ennemies. Elle a appris à Yalenciennes qu'un passeport était indispensable; elle vous prie en conséquence, citoyen maire, de vouloir bien lui en envoyer un, signé des officiers municipaux, pour lui épargner l'embarras et le chagrin d'être traitée comme émigrée. Les certificats qu'elle vous a montrés pen-

OSSELIN ET LÀ MàRQUISE DE CHARRY. Iâ7

port ne pouvait rien couvrir, et la demande qu'elle en faisait la dénonçait '.

Mal rassurée sur les suites de son voyage, après s'être adressée au maire d'Issy pour avoir un passeport en quelque sorte rétrospeectif, elle eut l'idée de se confier au député Osselin : Osselin, le rapporteur de la loi qu'on lui voulait appliquer. Nul ne pouvait, en effet, mieux la renseigner sur les cas d'émigration. Le cas de la jeune marquise était apparemment fort compliqué, fort intéressant du moins : car Osselin, revenait tous les soirs chez elle et y restait le dernier*. Il s'y trouvait le 1er mai, passé minuit, occupé, dit-il, à examiner les pièces d'un domestique étranger qui avait suivi Mme de Gharry en France et voulait rentrer dans son pays, quand les commissaires du comité du Luxembourg, qui avait été mis en éveil par le maire d'Issy, l'y surprirent comme ils venaient faire une perquisition chez la cidevant marquise. Osselin expliqua sa présence ainsi qu'on l'a vu, acceptant la conversation avec les commissaires, mais déclinant tout interrogatoire, attendu qu'il était étranger à l'objet de cette perquisition. Quant à Mme de Charry, elle répondit avec aisance sur son voyage, sur son retour : apprenant que les ennemis approchaient de Bruxelles, qui était alors à la France, et ne voulant

dut son séjour auprès de tous ne peuvent vous laisser le moindre doute; elle vous aura, citoyen maire, une très grande obligation. » (Ibid., 2* partie, pièce 53.) — Bruxelles, quand elle s'y rendit en janvier 1793, n'était pas officiellement encore à la France. Les assemblées primaires pour la réunion n'eurent lieu que le 21 février et la réunion ne fut décrétée que le 1er mars. Dubarran ne manqua pas de relever ces dates dans le rapport Tait sur l'affaire, à propos d'Osselin, à la Coovenlioo (séance du 19 brumaire, Moniteur du 21).

i. La loi des 28-29 novembre 1792 réputait émigrés, nous l'avons dit, ceux qui étaient sortis du royaume sans passeport régulier et n'y étaient pas rentrés avant le 9 mai précédent. (Coll. du Louvre, t. IX, p. 741.)

2. Ibid. y 2* partie, p. 15. Déposition de Mario Bu liège : < elle se retirait sur lai 9 heure* du soir et y laissait Osselin. s

point passer pour émigrée, elle était revenue avec Grivelet, valet de chambre du prince d'Aremberg, Emilie Carret, sa femme de chambre, un jeune enfant de trois ans qu'elle disait avoir recueilli de Mme de Damas, et un domestique flamand, cet Hiernaut que Ton soupçonnait d'être un émigré caché sous un faux nom, celui-là même qui voulait rentrer dans son pays et dont Osselin était venu examiner les pièces. Les commissaires interrogèrent encore la femme de chambre, le domestique étranger: il n'attendait, disait-il, pour repartir, qu'un passeport qu'Osselin devait lui procurer. Ce domestique leur parut suspect; mais quand ils vinrent le lendemain pour mieux s'en enquérir, il était parti sans attendre le passeport1.

Dans la nuit du 3 au 4, Mme de Gharry fut conduite à la mairie* : ce furent deux administrateurs de police, Soulès et Froidure, qui lui firent subir un nouvel interrogatoire.

Ils la questionnèrent un peu curieusement sur ce jeune enfant qui ne la quittait pas. Elle répondit qu'il était fils d'un citoyen de Vaillant qu'elle n'avait jamais vu : recueilli par la citoyenne Damas, elle l'avait pris chez elle, les parents étant pauvres, quand cette dame s'était trouvée dans l'impossibilité de le garder plus longtemps; et elle leur expliqua, dans le sens que l'on a vu plus haut, le temps et l'objet de ses deux voyages. Osselin, qu'elle avait averti de son arrestation, survînt ; il déclara que ces voyages n'avaient rien de suspect : comment ne l'en pas croire? Les deux administrateurs de police la mirent en liberté sous caution. Los deux personnes qui s'engagèrent, même par corps, à la représenter furent l'ex-

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