LES ACQUITTÉS RKNYOYÉS A LA JUSTICE- CRIMR^ELLE
plaignant des mises en liberté d'aristocrales, prononcées par le tribunal révolutionnaire, y avait dit : « Le lion n'est pas mort quand il sommeille, et à son réveil il extermine tous ses ennemis \ » Ces menaces, à demi voilées, avaient redoublé l'irritation de leurs adversaires. La polémique de pamphlets ne leur sufGsait plus, on les expulsa par la force (18 brumaire = 8 novembre 1794)% et c'est sous Tinfluence de ce mouvement des . esprits, aussi bien qu'aux cris d'indignation du public au tribunal, que la Convention avait voté la mise en accusation de Carrier, — à l'unanimité moins deux voix restées conditionnelles, quand il y avait dans son sein tant de membres qui ne valaient guère mieux ! (5 frimaire = 25 novembre) . Dix jours après (15 frimaire = 5 décembre), Lecointre, dont la sortie contre les membres des anciens comités avait élé repoussée le 13 fruc-. tidor par un ordre du jour flétrissant, reproduisait le texte de son accusation avec les pièces imprimées, et sur sa demande, on renvoyait le tout à l'examen des trois grands comités ^
1. Sëancc des Jacobins du 13 brumaire (3 novembre 1794), Moniteur du 17. Il veut expliquer ce mot dans sa Réponse êur de» faits particuliers [p. 0),enili»mt qu*il s'agit d'une comparais^on entre le lion des Jacobins et le léopard britannique.
3. I^s pamphlets ne les é|>arg:naient pas plus dans leur chute : Grande dé» uonciation faite aux Jacobins dans la dernière séance contre les diseurs de chapelets et découverte d'une conspiration universelle dans les patenôtres et les Ave Maria. — Description et vente curieuse des a ninuiux féroces, mâles et femelles j du cabinet d'histoire naturelle des ci-devant Jacobins^ les cris et les hurlements de chaque bête et leur utilité (par Martin). — Voyage des Jacobins dans les quatre jMrties du monde (pir Gitcchus Babeuf). — Couplets en r honneur des mémorables journées du 21 et 22 brumaire (par Marlainville). — Le congé donné aux Jacobins, chanson (par P.-M. Haumont). — ï/i Jacohiniade ou le délire et l'agonie des Jacobins, poème liéroT-comique en quatre chants et en vers. — Les Jacobins sont /*.... et la France est sauvée. — Vains efforts du jacobin Aigoin pour soulever le peuple contre la Convention ou Réponse au libelle intitulé: A bas les brigands et les buveurs de sang, vive la Convention nationale.
5. Moniteur du 17 frimaire (7 décembre 1794). Un pamphlet iiitiluic la
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Lorsque les principaux agents du régime terroriste étaient ainsi frappés ou menacés, il était temps de rendre à la liberlé ceux qui avaient été les premiers victimes de la Terreur, ces 75 ou 74 députés mis en arrestation (Amar les eut voulus en accusation) pour avoir signé une protestation collective contre la proscription des Girondins^ On les rappela (18 frimaire = 8 décembre), , tout en maintenant l'arrêt d'expulsion contre les survivants de ceux qui aloi*s avaient été mis hors la loi.
Quant au tribunal révolutionnaire, Sirey en avait prononcé Tarrêt dans un factum publié au cours même de frimaire an III, factum dont la préface seule est postérieure à la condamnation de Carrier :
J'avois vu de mes yeux, y disait-il, le nouveau tribunal révolutionnaire égorger un à un, ou deux par deux, ou par trois, ou même par sept, les hommes les plus honnêtes, les plus paisibles, même d*cxcellents patriotes, pour des propos, pour des écrits prétendus fanatiques, royalistes, fédéralistes. J'avois vu ces horreurs et mille autres do détail ou [non] moins désastreux, hélas, et j'y avois eu trop de part... Cependant je voyois ce tribunal irrépublicain usurper une réputation de justice, d'humanité, même de modération (par comparaison, sans doute, avec le tribunal de Robespierre et ses nombreux assassinats). Toute mon àme se souleva d^indigna-
Grande queue de Laurent Lecointre et signé du pseudonyme Felukxesi avait reproché au malencontreux député de Versailles les maladresses de ses premiers procédés : c Quand on veut, dit l'auteur, accuser un tyrun ou ses complices, il faut les prendre la main dans le sac et produire contre eux des preuves et des pièces qu'ils ne puissent rejeter. Hais au lieu de cela, tu vas produire des certificats de Fouquier-Tinvillc que l'écliafaud attend, môme au dire de Duhem;» et il faisait de plus vives sorties contre Dillaud-Vnrennes, Collot-d'ilerl)ois et Barère.A la Convention, l'attaque avait éié reprise déjà le 12 vendémiaire (5 octobre 1704] par Legcndre, mais après avoir entendu les inculpés et Carnot qui se |M>rtait leur défenseur, la Convention avait passé simplement à l'ordre du jour. [Moniteur du 14 vendémiaire an UI, 5 octobre 179i.) 1. Voyez ci-dessus, 1. 1, p. 370.
tion et je résolus de dévoiler à ma patrie toutes les turpitudes que couvroit cette institution dite révolutionnaire. Il y a deux mois mes matériaux étoient recueillis, ma rédaction terminée ; j'allois publier mon ouvrage, lorsque je sentis qu'il falloit prendre garde d'émousser le glaive lors suspendu sur les noyeursde Nantes. Enfin les Nantais sont jugés, et si tous ces noyeurs, fusilleurs, égorgeurs n'ont pas été acquittés, c'est que l'indignation populaire a contenu les juges; la majorité du jury a déclaré que tous ces assassins, hormis trois, avoicnt assassiné honnêtement et sans crime. Déjà le public a flétri ces jurés et ces juges septembriseurs, dont le patriotisme consistoit à condamner les hommes paisibles, û protéger les buveurs de sang ; déjà la Convention a décrété la suspension de ce tribunal plus que suspect et un épurement républicain dans la masse de ses membres. Le moment est propice : hàtons-nous de faire entendre contre ce tribunal les accents énergiques du républicanisme et de l'humanité. Indiquons tous les abus de cette institution ; montrons combien de réformes y sont absolument nécessaires; si toutefois l'esprit de liberté peut souffrir Texistence d'un établissement aussi dangereux, aussi funeste K
Et après avoir accompli ce programme (1" partie : Des abus; 2* partie : Thémne des tnbunaitx révolutionnaires^)^ il conclut comme sa préface le pouvait faire pressentir :
1. J.-B. Sirey, Du tribunal révolutionnaire ^ frimaire an lit (104 pages).
2. Pnriiii les abus signalés, il insiste sur la lenteur de la chambre du conseil â faire sortir de prison ceux que la Terreur y aviiit entassés (p. 17); il note les traditions subsistantes dans la rédaction des actes d'accusation : « Je n'en accuse pas, dit-il, l'accusateur public... 11 lui est impossible de tout voir. » C'est l'affaire de ses secrétaires : « Ce sont des jeunes gens doux, lionnétes, qui se sont instruits à une mauvaise école sous le sensible Fuuquier. Us diront ({\i ennemi mortel du peuple souverain... ^ vous avez ourdi des trahisons. L'accusateur public s'cxpliquant familièrement sur votre cause vous dira qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat.... L'acte vous parvient : il est effrayant; ou y lit mille crimes; votre mort paraît inévitable. » [P. 28-30.) Il se défie de certains juges : « Un petit nombre de septembriseurs souillent de leur présence odieuse et de leur influence meurtrière ce tribunal respectable. • (P. 24.) Par eux se trouvent