ACQUITTEMENTS : LE PUBLICISTE DELACROIX
Eh bien, disait-il, cherchons un moyen d'asseoir la Republique sur des bases inébranlables; que le peuple, consulté individuellement, prouve à ses détracteurs que leurs assertions sont téméraires et mal fondées. Voilà, citoyens, dans quelle intention j'ai écrit le chapitre qui a attire sur moi la sévérité du gouvernement *.
Évidemment on ne demandait qu'un prétexte pour l'acquitter.
« Le calme et la simplicité de sa défense, comme dit le Moniteur, firent sur le public une impression que le discours sévère de l'accusateur public ne réussit point à effacer. » Tronçon-Ducoudray, son conseil, n'avait déjà plus à le défendre; il défendit la liberté de la presse, en montrant l'abus qu'on avait iiiit de la loi qui la concernait sous la Terreur :
Ils égorgeoient avec cette loi, disait- il: une phrase, un mot étoient punis de mort. La Convention ne veut au contraire que punir la malveillance séditieuse, les cris de révolte, les efforts criminels, l'intention perverse pour renverser le gouvernements
Le tribunal en jugea ainsi ; le jury déclara :
« Qu'il n'était pas constant que l'ouvrage intitulé le Spectateur français pendant le gouvernement révolutionnaire tendit à provoquer le rétablissement de la royauté et la dissolution de la représentation nationale. »
Et le tribunal acquitta et mit en liberté Delacroix :
Ce jugement, rendu à l'unanimité, dit le Moniteur, a été couvert d'applaudissements. Une foule immense de citoyens que la célébrité donnée à Taffaire avoit attirés à la séance
K Moniteur du S.vciilusc an IH (2G février 179&)i
68 CUAP. LVlir. ~ LE TRIBUNAL RÉVOL. DU 8 MVOSË.
s'est portée sur le passage du citoyen Lacroix. Tous se sont empressés de le féliciter, et il a été reconduit chez lui au bruit des acclamations universelles ^
Suite des acquitlemenls : 4 ventôse (22 révricr 1705) : Cazin; 5 (23 février) : Bureau; 6 (24 février) : le san»-culolte Brutus llagnier; 11 (l*' mars) : le royaliste Bordaux.
Le 4 ventôse (22 février 1 795) , J.-B. Cazin, ex-pâtissier cuisinier, ex-inspecteur des travaux publics, comparaissait à son tour pour un fait bien plus grave. Incarcéré en raison de quelques vérités hardies qu'il avait exprimées, oublié dans sa prison et voulant en sortir à tout prix, il avait écrit à l'administration de police, le 17 nivôse an II (6 janvier 1794), et ensuite au conseil général de la commune, le 24 du même mois (13 janvier) :
Je sais bien un moyen de vous faire répondre. La loi punit de mort quiconque a provoqué le rétablissement de la royauté en France : eh bien ! je vous déclare que ' je demande U7i roi^ que je veux un roi<, cl je cric Vive le roù Aux Galbanons, Tan 2 de la République une et indivisible.
Chose inouïe et qui cette fois fait honneur à l'administration de police et à la commune qui reçurent ces lettres! £n ce temps où de pareils actes de désespoir ne manquaient jamais leur effet, on n'y répondit pas davantage. L'affaire venait parmi beaucoup d'autres qui restaient à liquider du temps de la Terreur. Le 18 frimaire an m, Cazin, avait été interroge sur ses lettres. Il
!. Moniteur du 4 vciilôse an UI (22 février 1795).