Procès fameux (nouTelle &érie), t. II, p
TBlit. RE VOL. \i 4
50 CII\P. LVn. — PROCES DE CÂRRIEn.
couleur du cadavre : debout encore, il en avait déjà la raideur et l'insensibilité.
Les insultes, les malédictions ne leur furent pas épargnées sur la roule; et le chemin, quoique abrégé depuis le 9 thermidor, fut long à parcourir, tant la foule, entassée entre la Conciergerie et la place de Grève, obstruait le passage. La charrette arriva enfin à l'échafaud. Grandmaisoh fut exécuté le premier, puis Pinard, après une horrible lutte contre le bourreau et contre la mort. Lorsque Carrier parut à son tour sur la plate-forme, il se fit un grand silence; mais tout à coup un son nasillard se fit entendre : c'était une clarinette jouant l'air favori des Jacobins, Ah I Ça ira. Un brusque mouvement de Carrier montra combien, jusque dans son abattement, il avait ressenti cet indigne outrage jeté à son supplice. Le couperet tomba aux cris accoutumés de Vive la République. Le peuple exigea que le bourreau lui montrât la tète du supplicié*.
Tout n'était pas dit à l'égard des acquittés. Dans le nombre, il y en avait deux que le jury déclarait non coupables. Gallon et Vie : pour ceux-là, nulle difficulté. Mais pour tous les autres, la question était différente. Le jury avait déclaré leur culpabilité:
Que Goullin s'est rendu auteur ou complice de ces manœuvres et intelligences en donnant et signant Tordre du 15 frimaire pour faire fusiller cent trente-deux prisonniers pris au Bouffay ; en signant et donnant des ordres à Affilé, pour construire les bateaux à soupape, qui ont servi aux différentes noyades; en signant un ordre de déportation de cent-cinquante-cinq individus qui ont été noyés la nuit du 24 fri-
1* Des Essarts, Procès fameux (nouvelle série), t. Il, p* 177.