CARRIER RÉCLAMÉ AU TRIRUNAL
Avec les formalités prescrites par le décret, plus d'un jour devait s'écouler avant que la commission pût être en mesure de faire son rapport, et les accusés ne manquaient point, à chaque nouvelle interpellation du président, de recourir à leur moyen de défense.
Il faut, s'écriait Bachelier, le jour même oii le décret fut rendu, il faut que Carrier lui-même vienne satisfaire à cette interpellation, et à mille autres qu'il a provoquées. Ou nous sommes des agents de Carrier, ou nous avons agi de notre propre mouvement. On s'est borné jusqu'à présent aux faits qui pa-' roissent à notre charge dans l'instruction présente, sans examiner aux ordres de qui nous avons obéi. Si nous sommes les agents de Carrier, il faut que Carrier paroisse.
Et le peuple, exaspéré, prenait parti pour ces misérables, qui devenaient presque innocents lorsque Carrier demeurait impuni. 11 applaudissait leurs paroles, il criait : Carrier I Carrier^ I
Un jour, ce fut une véritable émeute. Chaux s'éiant écrié, à la fin d'une séance (14 brumaire, 4 novembre) : « Avons-nous donc nommé un représentant pous assassiner le peuple? — Non, non », s'est écrié l'auditoire; et pendant longtemps, il fit retentir les cris : Carrier l Carrier I «Il serait difficile, dit \e Bulletin, de retracer le tumulte de cette scène et toute l'agitation des spectateurs. Les juges reprirent leur place, et la fermentation se continuant, le président se couvrit pour rappeler le
ville de Nantes, qui résumait toutes les accusations contre Carrier, fut rédigée le 9 brumaire an UI, et envoyée à la Convention qui en ordonna l'impression et le renvoi à la commission des Vingt et un le 29 brumaire (Moniteur du !•' frimaire, 21 novembre 1794).
1. Bulletin^ p. 311. La déposition, qui donna lieu à l'incident, se rapporte, d'après le procès- verbal d'audience, à la séance du 8 (29 octobre) ; cf. ibid,, p. 319 (séance du 10).
peuple au respect du tribunal. Puis, le calme s'étant rétabli :
Le trouble et Tagitation de Tauditoire, dit le président, me font craindre qu'il ne se soit glissé quelques mauvais citoyens dans l'Assemblée, et que leur but ne soit d'occasionner quelques mouvements séditieux.
Le tribunal est pénétré de ses devoirs, il a toujours rempli le but de son institution, il le remplira toujours et l'on peut se reposer sur sa justice*.
. Mais cette altenle devait avoir. un terme, si Ton ne voulait que rémotion n'éclatât plus violemment.
Rapport de la commission des Vingt et un contre Carrier. Défense de Carrier devant la Convention. Discours de Romme, le rapporteur, de Merlin (de Douai). Décret d'arrestation contre Carrier.
. Le 21 brumaire (11 novembre 1794), Romme vint à la tribune faire son rapport au nom de la commission des Vingt et un.
Il exposa la marche que la commission avait suivie.
La commission s'était attachée à observer strictement les règles que lui traçait le décret du 8 brumaire. Elle avait reçu, le 10, communication des pièces relatives à Carrier, envoi suivi de quatre autres, faits successivement par les soins des trois comités réunis. Elle en avait donné copie à Carrier, elle l'avait entendu lui-même aussi souvent qu'il l'avait voulu ^ Le rapporteur faisait