‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 5 sur 167 · RAPPORT DE LA COMMISSION DES VINGT ET UN CONTRE CARRIER · texte numérisé non relu

RAPPORT DE LA COMMISSION DES VINGT ET UN CONTRE CARRIER

ensuite l'analyse de ces pièces, qui contenaient les principaux griefs mis à la charge de Carrier : ses imprécations contre les habitants de Nantes, ses déclamations contre les riches, contre les marchands, qu'il menaçait de faire décimer et fusiller; ses violences contre le comité révolutionnaire lui-même, qui lui paraissait tiède; sa lettre au général Haxo, où il annonçait l'intention d'exterminer les habilanlsdela yendée; la formation de la compagnie de Marat, qui, à raison de 10 1. par jour pour chacun de ses membres, avait mission de surveiller et se donnait le droit d'arrêter et de piller les suspects; les satellites particuliers du proconsul, qui avaient bien plus de libertés encore ; les 80 (90) prêtres qui, aux termes de la loi, devaient être déportés, et qu'il fît noyer sans plus de formes ; les noyades érigées dès lors en moyen de vider les prisons ; les mariages républicains, corollaires infâmes des noyades, les orgies sur les bateaux qui servaient à ces exécutions, et tous les excès d'un despote qui ne connaît aucun frein à ses passions, à ses caprices.

suivi. Pour s'en assurer, il s'est arrêté dans un passage ; il a vu que rhomme qui le suivait s'arrêtait aussi : alors il a menacé cet espion qni se trouva être un inspecteur de police. Cet homme cria aussitôt : « Force à la loi. » Un gendarme sortit à ce cri et voulut arrêter Carrier; celui-ci montra sa carte de représentant du peuple : le gendarme le respecta comme il le devnit. Cependant l'inspecteur de police continuait de crier qu'on arrêtât Carrier. Un vétéran, officier du poste, le prit nu collet et l'entraîna à la commission des Vingt et un, quoique Carrier lui montrât sa carte, qu'il méconnut. Notre collègue nous a rapporté que le gendarme lui avait dit qu'il l'accompagnerait jusqu'à la commission pour le protéger. (Applaudissements.) Les informations qu'on a prises ont prouvé que cet inspecteur de police, qui prétendait avoir des ordres, n'en avait réellement pas. » [Moniteur du 14 brumaire an HI, 4 novembre 179S.) — A cette occasion, Duhem se plaignit vivement de ce que le tribunal révolutionnaire avait fait afficher l'acte d'accusation du comité de Nantes dans Paris, « pour prévenir l'opinion publique et capter le suffrage des jurés ». — Un de ses collègues, nommé Cigogne, dit qu'il ne s'étonnait pas de le voir attaquer le nouveau tribunal révolutionnaire, lui qui avait été l'apologiste du tribunal du 22 prairial. — La querelle aurait pu s'envenimer ; la Convention passa à l'ordre du jour. (Ibid.)

« La lecture de ces pièces, dit le compte rendu du Moniteur, est fréquemment interrompue par des frémissements d'horreur et d'indignation. »

Le rapporteur finissait en exprimant l'opinion de la commission : « qu'il y avait lieu à accusation contre le représentant du peuple Carrier ».

Plusieurs voix réclamaient déjà l'arrestation de Carrier, quand il demanda à être entendu, et ce n'était plus le temps où l'on se croyait permis de procéder contre un représentant du peuple sans Tentendre.

Il lut à la tribune un mémoire justificatif où il commença par déplorer la fatalité des événements, fatalité qui, pour les fonctionnaires publics, rend la roche Tarpéienne voisine du Capitole. Il y a six mois, « sa tête était couverte dé lauriers» ; aujourd'hui, «il est accusé: serait-ce parce qu'il a éteint les torches du fanatisme qui embrasaient plusieurs départements? » etc.

Il s'élevait ensuite contre le tribunal révolutionnaire, c< présidé, disait-il, par un homme qui appartient à la Vendée, puisque Dobsent est né dans le département des Deux-Sèvres, et composé de royalistes, de fédéralistes et de contre-révolutionnaires, de brigands et de chouans dont la horde vient ensuite peupler les tribunes de la Convention pour influencer ses délibérations», ajoutant que « ce procès est celui de Charette contre les vainqueurs de la Vendée i> .

Après cela, il évoquait les souvenirs des principaux faits de .la guerre de Vendée, affirmant que tous les brigands amenés à Nantes et mis à mort avaient été pris les armes à la main. Le comité de Nantes existait avant son arrivée ; l'accusé lui laissait par prétention la responsabilité des noyades. Pour lui, il n'avait fait qu'exécu-

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