‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 6 sur 167 · DÉFENSE DE CARRIER A LA CONVENTION. H · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE CARRIER A LA CONVENTION. H

ter les décrets de la Convention qui mettait hors la loi tous les ennemis du peuple. Depuis longtemps on ne faisait plus de prisonniers lorsqu'il arriva à l'armée de rOuest. On obéissait à la proclamation de la Convention nationale répandue à profusion dans cette armée : « Il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant le mois d'octobre ^ »

Mais il n'attaquait point la Convention. Il prétendait la justiGer, au contraire, en faisant le tableau des horreurs commises par les rebelles. Et se cherchant des auxiliaires parmi tant de membres de l'Assemblée, complices de ce système d'extermination par la part qu'ils y avaient prise ou par l'adhésion qu'ils y avaient donnée, il montrait où l'on irait, si une fois on donnait raison à ces récriminations : « On ne manquerait pas d'accuser tous les représentants du peuple qui ont été en mission dans la Vendée, à Lyon, à Marseille, à Toulon, de faire le procès à la Révolution française, de condamner les héroïnes des 5 et 6 octobre, les vainqueurs de la Bastille, les héros du 10 août, les soutiens du 31 mai, et les journées des 2 et 3 septembre»; — car ces journées sanglantes couronnaient toujours l'œuvre de la Révolution, comme l'entendaient les jacobins.

Il terminait en déclarant que la patrie était en danger et la Convention en péril ; c< qu'il avait fait le sacrifice de sa vie, mais qu'il ne ferait jamais celui de son honneur ».

Plusieurs membres prirent alors la parole et le rapporteur aussi, non pour soutenir son rapport, mais pour en affaiblir la portée, en attaquant tout à la fois et la loi

1. Voyez aux Appendices n* I quelques échantillons de la correspondance de Carrier avec le conïilé de salut public.

en vertu de laquelle il procédait et le tribunal qui avait fourni les matériaux à la procédure :

La loi que vous avez faite, dit-il, serait évidemment un poignard mis entre lés mains d'un tribunal ou d'une commission contre la représentation ; car elle est remplie d'imperfections et d'omissions. Il est essentiel que celui qui accuse un représentant du peuple ne reste pas dans l'ombre. (Applaudissements.) Il faut que les représentants du peuple aient les moyens d'étouffer la calomnie qui s'attache à leurs pas.

J'ai vu parmi les faits qui nous étaient cités des choses absolument contradictoires, évidemment calomnieuses. Je ne dis pas qu'ils le soient tous, mais il a été impossible à la commission de vérifier les faits, de distinguer dans la moralité des dénonciateurs ce que valent les dénonciations. (Applaudissements. — Murmures.)

La plus grande partie des faits sont fondés sur des déclarations ou sur des dépositions qui ont été provoquées ou mendiées, et vous serez surpris lorsque vous saurer que la déclaration d'hommes qui ont été traduits au tribunal révolutionnaire pour les actes de férocité qu'ils ont commis fait foi contre Carrier. Oii est l'esprit public qui met en balance l'homme justement soupçonné, l'homme qui est traduit devant la justice, avec celui qui est investi du caractère de représentant du peuple? Où est la justice nationale qui permet à un tribunal de recueillir des déclarations sans y être autorisé? (Quelques applaudissements d\me partie de la salle. — Murmures dans Vautre. — Même mouvement dans les tribunes.)

Baudin : Le fait est faux; le rapporteur a vu les pièces quand il l'a voulu. (Vifs applaudissements.)

PiERRET : Romme, tu te conduis lâchement.

Plusieurs membres de la commission se précipitent à la tribune; il se fait un grand tumulte; le président se couvre; le calme renaît peu à peu.

Merlin (de Douai) rétablit la vérité des principes et

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