DÉBATS SUR LA MISE EN ACCUSATION DE CARRIER
défendit contre le rapporteur la loi et la procédure; et Romme lui-même dut revenir sur ses allégations par des explications qui en étaient une rétractation véritable :
Il m'était impossible de disposer seul des pièces pour faire mon travail, j'en ai demandé des copies. J'étais, il est vrai, sûr de leur fidélité, puisque je les ai collationnées moi-même.
Il avait donc vu les originaux!
Avant ce débat on avait demandé l'arrestation de Carrier. Le président reprit la proposition et, après l'avoir mise aux voix, il proclama le décret d'arrestation au milieu des cris de Vive la République. Mais Carrier soutint, malgré les dénégations de toutes les parties de la salle, qu'après l'avoir en tendu la Convention avait passé 5 l'ordre du jour sur son arrestation. Il demanda que si elle voulait changer d'avis elle décidât qu'il serait prisonnier dans sa demeure, et l'Assemblée, revenant sur son vote véritable, non pour l'aggraver mais pour l'adoucir, décréta, selon sa demande, qu'il serait en arrestation chez lui sous la garde de quatre gendarmes, les mettant même aux frais de la nation.
Débals sur ia mise eu accusalion de Cari'icr (b'^ et "2 liiiiuiirc an III). Le 3 Carri.T se dit malade. Il reparait sur la menace de prononcer sans lui. Caractère des débats. Discours de Carrier. Appel nominal. Carrier mis en accusasatioii dans la nuit du 5 au 4 IVimaire.
La loi du 8 brumaire établissait un délai de Irois jours entre la distribution des pièces et la discussion publique. On voulait désormais que l'accusé eût le moyen de se défendre, et quand deux jours après Carrier se
H CflAP. LVI. - PRÉLIMINAIRES DU PROCÈS DE CARRtER.
plaignit de la gêne que les gendarmes apportaient par leur présence aux communications qui lui pouvaient être utiles, la Convention l'autorisa à prendre un secrétaire et à recevoir ses amis*. Les trois jours s'écoulèrent sans qu'on parût remarquer l'expiration du délai légal. Cependant le terme ne pouvait en être reculé indéfiniment : l'affaire de Carrier était liée à celle des membres du comité de Nantes. Les débats se continuaient sur eux, et ne pouvaient s'éterniser. Aussi lorsque le 28 brumaire Carrier écrivit à la Convention pour lui demander, avec la communication de diverses pièces, un délai nouveau d'une décade pour aviser à sa défense, 1^ Assemblée accorda le premier point et passa à l'ordre du jour sur le second*. C'était le mettre en demeure de se présenter devant elle sans plus de retard.
C'est le V frimaire (21 novembre 1 7^4) qu'il reparut devant la Convention.
Quoique frappé d'un décret d'arrestation, il n'était pas encore accusé. Il gardait tous ses droits de représentant du peuple, et, comme la première fois, ce fut, non pas à la barre, mais à la tribune qu'il lui fut donné de parler. Tout en réclamant le silence (et le président rappela que c'était le devoir strict de l'Assemblée et des tribunes) , il s'excusa de n'avoir pas eu le temps de préparer un discours, et annonça qu'il se bornerait à de simples observations sur les pièces qui étaient à sa charge : c'est de la sorte qu'il procéda pendant deux jours, lisant la pièce et la faisant suivre de sa justification. Un débat s'éleva à l'occasion de ces deux ordres vraiment mons-
1. Séance du 23 brumaire [13 novembre), Moniteur du 2i (14 novembre 1794).