Moniteur du 30 (20 novembre
RÉPONSE DE CARRIER AU DÉCRET D'ACCtlSATION. IS
Irueux où Carrier adresse au président du tribunal révolutionnaire, le 27 frimaire, vingt-quatre Vendéens dont deux de treize et deux de quatorze ans, et le 29, vingtsept autres parmi lesquels quatre sœurs, dont une de dix-sept ans, avec ordre de les exécuter sans jugement. Il cite des cas où il a envoyé les enfants des Vendéens aux hôpitaux, un arrêté de Bourbotte qui ne soustrait à la peine de mort que les brigands de moins de seize ans, tandis que Tureau et lui en fixaient le terme à dix-huit; la proclamation de la Convention du 17 octobre pour en finir avant la fin du mois avec la Vendée; — et Clauzel, lui opposant l'article 2 du décret qui porte que les brigands, pris les armes à la main, seront mis à morl dans les vingt-quatre heures, mais après que le fait aura été constaté par une commission militaire établie ad hoc, Carrier s'écria :
Eli bien, mon ordre, en le supposant de moi, est adresse au président du tribunal révolutionnaire de Nantes ; c^était à lui de faire la reconnaissance. (Quelques murmures,) Un moment, citoyens, un moment, écoutez, je vous prie. Que porte Farrêté? de les faire exécuter...
Quelques voix : Sans jugement!...
Carrier. Mais au moins, citoyens, au moins faut-il que je voie ces arrêtés !
Et il revint à deux et à trois fois sur ce point, réclamant les originaux*: la Convention faisant droit à sa
i. Séance du 2 frimaire, Moniteur du 4 et du 5 (24 et 25 nov. 1794), t. XXHf, p. 572 et 575 de la réimpression : « Il faudra toujours bien qu'on me représente les minutes ; car la Convention ni moi ne pouvons savoir si j'ai effectivement signé ces arrêtés; je ne me le rappelle pas, et j'ai cependant bonne mémoire. Quand les individus sont hors la loi, il ne faut pas de jugement, il ne faut qu'une reconnaissance ; vous en avez eu la preuve le 9 thermidor. Peut-on savoir d'ailleurs si, dans les listes qu'on prosente, on n'a pas intercalé après coup des noms de femmes et d*enfants? »
demande expédi«n un courrier extraordinaire en Bretagne pour les faire apporter.
Le troisième jour, tandis qu'à l'ouverture de la séance on discutait sur les formes à garder dans la suite du débat et sur la nécessité de l'abréger, la Convention n'étant pas un jury de jugement, — nécessité, combattue par plusieurs au nom des intérêts de la défense, — Carrier lit dire qu'il était malade. Cette annonce fit bondir Legendre qui présidait :
Je demande, dit-il, à prouver que l'on veut sauver Carrier.
Et passant du fauteuil à la tribune :
Je n'accuse personne, dit-il, mais je déclare qu'il est démontré pour moi que ceux qui ont voulu faire aux Jacobins un rempart de leurs corps à Carrier sont encore ici pour le sauver. {Vifs applaudissements.) La discussion qu'on a élevée hier, est partie du haut de ce côté. {En montrant Vextrémité gauche. — On applaudit.) On a demandé des preuves matérielles, eh bien! si vous en voulez, faites refluer la Loire à Paris (applaudissements), faites amener les bateaux à soupape, faites venir les cadavres des malheureuses victimes qu'on a sacrifiées ; ils sont en assez grand nombre pour cacher les vivants. (Nouveaux applaudissements.) Le peuple a les yeux ouverts, et personne ne le trompera sur celte affaire. (Les applaudissements redoublent.)
Tous ceux des membres de cette assemblée qui. ne sont mus que par des principes de justice ont cédé à tout hier, afin qu'on ne pût lui faire aucun reproche ; mais il ne faut pas que la Convention se laisse mener. (Non, non! s'écrient tous les membres en se levant. — On applaudit vivement.) S'il n'y avait que la justice qui réclamât ici, je n'aurais point pris la parole, parce que je respecterai toujours ce sentiment d'humanité, ce penchant qu'ont tous les hommes de bien à croire les autres aussi probes qu'eux, et dont les plus grands