INTERVENTION DE LEGENDRE, PRÉSIDENT
scélérats abusent. (Applaudissements.) Mais je ne souffrirai jamais qu'on trompe la Convention et le peuple : je n'aurai jamais d*ami que parmi les amis de mon pays, et je dénoncerai tous ceux qui prétendraient à devenir des meneurs, fussent-ils mes frères, mes parents. (Vifs applaudissements.) La prétendue maladie de Carrier ne peut pas empêcher de le juger : jetez les yeux sur le calendrier ; comptez le nombre de jours qu'il a demeuré à Nantes, et vous aurez compté le nombre de ses crimes. (Les applaudissements redoublent.) Je demande qu'il soit sommé de se rendre dans le sein de la Convention, et que s'il n'y vient pas on procède à l'appel nominal. (Nouveaux applaudissements.)
Après cela, on aurait dû s'aticndre qu'il descendît à son banc; il remonta au fauteuil et les débats ne tardèrent point à se rouvrir. Carrier averti fit savoir qu'il allait reparaître; il arriva en effet presque aussitôt et reprit l'analyse et la réfutation des pièces alléguées contre lui : mais l'Assemblée échauffée se mêle de plus en plus à la discussion. Sur les noyades, quand il prétend qu'il n'en a rien su, qu'à Laval d'ailleurs, à Angers, à Saumur, à Châteaugontier, à Châteaudun, à Paimbœuf, on a fait les mêmes choses, et que sans doute les représentants qui étaient dans ces quartiers n'en ont rien su non plus, les démentis lui arrivent de toutes parts : « Quand cela serait, cela ne te justifierait pas », lui crie Thuriot. Prieur (de la Marne) dit qu'instruit que Carrier voulait prendre des mesures extraordinaires à l'égard des prisonniers après la bataille de Savenay, il lui recommanda d'attendre la commission militaire ; Laignelot, que quand, passant à Nantes pour aller à Brest, il vit Carrier, celui-ci lui dit : « Tu es plus heureux que moi, tu as un plus grand bassin et des bâtiments à ton service »; Dumont (du Calvados) que sous le règne de
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iX CUAP. LVI. — PRÉLIMINAIRES DU PROCÈS DE CARRIER.
Robespierre la proposition ayant été faite à TAssemblée de déporter tous les prisonniers alors détenus, Carrier dit : « Oui, déportés à ma manière ». — « Je l'ai entendu », dit-il.
Aux accusations relatives aux noyades se joignaient celles qui regardaient les orgies : orgies suivant les noyades, orgies suivies de noyades, car on accusait Carrier d'avoir fait jeter à l'eau les femmes qui sortaient de ses bras: ce dont il se défend avec indignation, invoquant le témoignage de ses collègues ; mais nul ne répondit à son appel. Désormais on l'écoutait sans plus se mêler à la discussion.
Après ce pénible débat qui demeurait si accablant pour lui, — car les explications qu'il a présentées sont bien pâles auprès des griefs dont il a donné lecture, — il obtint encore la parole pour lire un discours où il résumait sa défense : opposant le démenti aux affirmations, récusant les témoignages comme d'ennemis, rejetant même les pièces dûment collationnées et réclamant toujours les originaux. Puis, revenant sur plusieurs observations qu'il avait jetées déjà dans le cours du débat :
La Convention, dit-il, fait son procès à elle-même. (Nouveaux mouvements d'horreur.) Ce procès est celui du royalisme contre le patriotisme, du fanatisme contre la philosophie.
Il se compare à Calas. Pour sauver la patrie, Cicéron fit périr dans les prisons tous les complices de Catilina ; Horace tua sa sœur qui pleurait Curiaee immolé. Rome a-t-elle fait périr Horace ou Cicéron? Lui aussi a sauvé la patrie en exterminant les Vendéens; il a vengé les patriotes : car il n'y a pas une famille patriote qui n'eût