DÉFENSE DE FOUQUIER-TINVILLE
même, si vous voulez, de la loi du 22 prairial, lorsque je n'en pou vois être que le passif exécuteur? Est-ce moi qui faisois les lois? Est-ce moi qui ai fait le choix des juges et des Jurés? N'ont-ils pas été nommés par la Convention? Est-ce moi qui ai couvert le territoire de la République d'échafauds permanents? Est-ce moi qui ai entassé dans les cachots, pêle-mêle avec le crime, l'erreur, l'innocence et la vertu? Est-ce moi, en un mot, qui écrivois le livre des morts et qui désignois les victimes?... Au reste, j'agissois sous les yeux du gouvernement ; chaque soir j'allois rendre compte des opérations du tribunal; chaque jour, par conséquent, ma conduite et les opérations du tribunal étoient approuvées par les comités du gouvernement. Ainsi, quant au prétendu crime de mes fonctions, j'ai la garantie des lois et du gouvernement.
Et plus tard encore, au milieu des plaidoyers faits en faveur de ses coaccusés, on le voit reprendre la parole et s'écrier :
Ce n'est pas moi qui devrois être traduit ici, mais les chefs dont j'ai exécuté les ordres. Je n'ai agi qu'en vertu des lois des 14 frimaire et 23 ventôse, lois portées par une Convention investie de tous les pouvoirs. Par l'absence de ses membres, je me trouve être le chef d'une conspiration que je n'ai jamais connue; me voilà en butte à la calomnie, à un peuple toujours avide de trouver des coupables. (Violenls murmures.) Il n'y a que des malveillans qui puissent trouver mauvais ce que je dis*.
Mais quelque raison qu'il eût et quelle que fût la part de Robespierre et des autres membres du Comité de salut public dans les actes monstrueux du tribunal, il y en avait encore assez pour le charger lui-même et ses coaccusés.