CHAP. LX. — CONCLUSION
jurés de l'ancien tribunal. — Première moralité de cette histoire; ce n'est pas impunément qu'on institue et qu'on exerce une telle juslice en ce monde : palere legem quam ipse fecisti. Mais il y a d'autres enseignements qu'on en peut retirer.
Ce tribunal, inventé comme un moyen de salut dans un jour d'égarement, a perdu la Révolution. Il en a ruiné les principes, il en a moissonné les hommes, il en a perverti l'esprit et déshonoré le nom même.
La Révolution s'était faite au nom du droit, et le tribunal a été établi comme instrument d'une justice extraordinaire, en dehors de toutes les règles du droit et de la juslice. Toutes les garanties indispensables à l'accusé pour sa défense, au juge pour la sécurité de ses jugements, y ont été successivement violées.
La Révolution avait pris pour devise: Liberté, Égalité, Fraternité. La Liberté I le tribunal l'a poursuivie sous toutes ses formes. Liberté de la presse : l'auteur était puni de mort et Ton en était revenu à brûler les livres par la main du bourreau. Liberté de la parole : pas un délit dans toute la série de tant de crimes imaginaires, justiciables du tribunal, qui lui ait fourni plus de victimes. Liberté même de la pensée, entendue dans le sens étroit du sentiment le plus intime ; témoin la peine de mort appliquée aux propos tenus dans l'ivresse; car ici ce n'est plus le propos qui est puni, puisqu'il est inconscient, c'est la pensée qui est saisie, 'comme échappée, sans qu'on le voulût, des plus secrets réduits de Tâme, et se livrant elle-même. Maint arrêt prouve avec quel empressement les juges donnaient à cet égard satisfaction à l'accusateur public. VEgalitél il y avait autrefois des classes privilégiées; il y a désormais des